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COUP D'ÉTAT?

Écran noir sur les télévisions grecques, la crise a tué les chaînes publiques

Crise économique oblige, il n’y aura plus de télévision publique en Grèce. Jugées trop coûteuses, les chaînes d’ERT ont été sacrifiées mardi 11 juin. Les téléspectateurs se sont soudainement retrouvés face à un écran noir. Les syndicats appellent à la grève tandis que deux des trois partis de la coalition gouvernementale se désolidarisent du Premier ministre Antonis Samaras.

Photo : capture d'écran vidéo

C’est peu après 23 heures, dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 juin, que les téléspectateurs grecs qui visionnaient un programme des chaînes publiques d’ERT se sont retrouvés face à un écran noir.

Une télévision trop coûteuse

Le gouvernement l’avait annoncé l’après-midi même, la décision n’a pas mis longtemps à être mise en pratique. Trop coûteuses, mal organisées, les chaînes de la télévision publique n’auront pas survécu à la crise et aux exigences des bailleurs de fonds de la Grèce.

« La diffusion d'ERT s'arrêtera après la fin des programmes ce soir », avait annoncé dans la journée le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou ajoutant qu’ERT constitue « un cas exceptionnel d'absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant. »

Cette décision sans préavis n’a pas été prise à n’importe quel moment. En effet, les représentants des prêteurs de la Grèce, Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international, sont en ce moment même à Athènes.

Deux partis se désolidarisent de la coalition

Pourtant, au sein de la coalition gouvernementale, la fermeture exigée par le Premier ministre Antonis Samaras est loin de faire l’unanimité.

Deux des trois partis de la coalition ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne suivraient pas le Premier ministre lorsque le décret portant application de cette mesure serait présenté au Parlement.

« Nous sommes absolument en désaccord avec les décisions et la gestion du gouvernement dans cette affaire », a déclaré le Pasok socialiste, membre de cette coalition. « Nous réitérons notre ferme opposition à la fermeture d'ERT », a pour sa part déclaré la Gauche Démocratique (Dimar).

Les syndicats partent en guerre

Immédiatement après la fin de la diffusion des chaînes, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le bâtiment d’ERT à Thessalonique tandis que des milliers de Grecs étaient également réunis devant le siège de la télévision publique à Athènes.

Les syndicats ont immédiatement appelé à une réaction très vive des salariés et de la population. « ERT appartient au peuple grec [...] c'est le seul média indépendant et la seule voix publique, qui doit rester dans le domaine public [...] nous condamnons cette décision soudaine », a ainsi déclaré le syndicat GSEE dans un communiqué.

Le syndicat de journalistes privés, Poesy, a appelé à une réaction franche et a lancé une grève immédiate en soutien aux 2 656 salariés d’ERT. « Le gouvernement est déterminé à sacrifier la télévision publique et la radio », a déploré le syndicat.

« C'est illégal. Le gouvernement a arrêté l'émetteur principal », a pour sa part déclaré Panayotis Kalfayanis, président du principal syndicat des salariés de la télévision. « Cela ressemble plus à un gouvernement de Ceausescu qu'à une démocratie », a-t-il lancé devant des journalistes.

Les chaînes publiques rouvriront sous une autre forme

La fin d’ERT ne semble pas pour le moment être définitive. Le gouvernement a en effet annoncé que la structure rouvrirait sous une autre forme, avec des effectifs réduits.

Tous les salariés actuels recevront une compensation et tous seront autorisés, selon les termes du porte-parole du gouvernement, à postuler dans la nouvelle structure.

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