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CRISE EN ZONE EURO

Grèce: «La situation économique s’améliore mais demeure fragile»

Entretien avec Céline Antonin, économiste au Département analyse et prévision de l'OFCE.

Une nouvelle série de négociations entre les créanciers d'Athènes et une dizaine de membres du gouvernement grec s'est ouverte au siège de l'OCDE, à Paris. Pendant trois jours, la troïka et la délégation gouvernementale grecque se pencheront sur l'avancement des réformes et sur l'épineuse question de la réduction de la dette publique. Après quatre années d'austérité, la situation économique en Grèce s’est stabilisée ces derniers mois même si elle reste encore « récente et fragile ».

Photo: Le parlement grec à Athènes - Photo DR Shutterstock

JOL Press : Les discussions entre le gouvernement grec et la troïka à Paris pourront-elles aboutir sur l’accord d’une réduction de la dette ?
 

Céline Antonin : Dans un premier temps, les discussions devraient essentiellement porter sur l’avancement des réformes et l’équilibre des comptes publics, conditions préalables au versement de l’aide de la troïka. Même si la Grèce peut se targuer d’avoir affiché un solde budgétaire primaire - hors intérêts de la dette -  excédentaire en 2013, le problème de financement va se poser à nouveau en 2015.

Dans ce contexte tendu, le gouvernement grec souhaite néanmoins baisser les impôts pour redonner un peu de pouvoir d’achat aux ménages, surtout après plusieurs mesures d’augmentation des impôts, comme la taxe sur la propriété, ou la hausse de TVA. En outre, il rechigne à licencier 6500 agents supplémentaires pour réduire ses dépenses. Par conséquent, Athènes va tenter de rassurer ses créanciers sur son bouclage budgétaire et sur le retour de la croissance en 2014. La question de la réduction de la dette ne se posera que dans un deuxième temps, quand la trajectoire du solde budgétaire sera clairement établie.

JOL Press : La situation économique en Grèce s’est-elle stabilisée ?
 

Céline Antonin : La situation économique en Grèce s’est améliorée ces derniers mois, c’est incontestable. Parmi les points positifs, on peut citer le boom du tourisme - 20 millions de touristes prévus en 2014 - , la hausse des ventes au détail, l’amélioration de l’indice de confiance. En outre, la Grèce a réussi son retour sur le marché obligataire en avril 2014. Enfin, elle a bien tenu – et même dépassé – ses objectifs budgétaires jusqu’à présent.

Cela étant, la situation demeure fragile. La Grèce a toujours un problème de financement et l’objectif d’afficher un excédent budgétaire primaire (hors charge de la dette) de 3 % du PIB en 2015 est compromis. En outre, la Grèce est entrée en déflation, ce qui augmente le poids de la dette publique. Et surtout, le chômage atteint 27 % de la population active.

JOL Press : Au-delà de l'aspect économique, y-a-t-il une amélioration sur le plan social ?
 

Céline Antonin : Pour l’instant, l’amélioration est trop récente et timide pour que l’on observe un effet sur le chômage ou sur le niveau de vie. Le pays reste toujours meurtri par les six années d’austérité qu’il a connu et qui ont conduit à une augmentation de la pauvreté, une baisse du niveau de santé, et une explosion du chômage.

JOL Press : La Grèce bénéficie d'une assistance financière de l'UE et du FMI en échange de plans d'austérité. De nouvelles mesures de rigueur sont encore à prévoir ?
 

Céline Antonin: Pour éviter un troisième plan d’aide, le FMI incite à de nouvelles mesures de rigueur de 5,7 milliards sur la période 2015-2016 : licenciements de fonctionnaires (6500 prévus d’ici la fin 2014), gel des augmentations de salaires, réforme des retraites, durcissement des mesures sociales, comme la levée du moratoire sur la saisie immobilière par exemple.

JOL Press : Sous la pression de la troïka, la Grèce multiplie la privatisation de ses biens publics pour rembourser ses dettes. Quelles sont les sociétés qui ont été privatisées jusqu’ici ? Les recettes tirées de ces privatisations sont-elles celles espérées ?
 

Céline Antonin :  La liste des biens privatisés est longue... Nous pouvons par exemple citer le réseau de télécoms (OTE), l’office des paris sportifs (OPAP), les loteries nationales, la compagnie de gaz, la compagnie des eaux de Thessalonique, les ports du Pirée et de Thessalonique, des aéroports régionaux… Les recettes tirées, plus faibles qu’escompté - 4,2 milliards d’euros fin 2013-, ont été affectées à la réduction de la dette publique.

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Céline Antonin est économiste au Département analyse et prévision de l'OFCE

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