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ENTOMOPHAGIE

Les insectes, la nourriture du futur?

L’organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a lancé lundi 13 mai un programme pour inciter à l'élevage et à la consommation d'insectes, très nutritifs, écologiques et délicieusement bons - paraît-il. En France, Romain Fessard à l'origine de la première boutique en ligne d’insectes, nous en dit plus sur l'élevage de ces petites bêtes.

"Tapas au vers de farine" - Photo DR "Insectes Comestibles"/ Facebook

D’ici 2030, plus de 9 milliards de personnes devront être nourries dans le monde, selon l’organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pour éviter une catastrophe alimentaire, l'ONU recommande d'élever et de consommer des insectes comestibles. Cette pratique, appelée « entomophagie », concernerait déjà 2,5 milliards de personnes en Asie, Afrique et Amérique latine. Riches en protéines, les insectes, « présentent des taux de croissance et de conversion alimentaire élevés et ont un faible impact sur l'environnement pendant tout leur cycle de vie », explique la FAO. 

Une alternative alimentaire 

Depuis quelques années, l’élevage d’insectes se développe dans l’Hexagone. Romain Fessard est le premier à avoir lancé sa boutique en ligne, « Insectes comestibles », en septembre 2009. C'est lors de ses voyages à l’étranger qu'il découvre l’utilisation des insectes dans l’alimentation et décide, à son retour, de se lancer dans le commerce de ces petits animaux. Son collaborateur s’installe en Thaïlande - où la consommation d’insecte est la plus courante - à la recherche de scarabées, papillons, et vers en tout genre avant de les envoyer en France.

Le paradis des arthropodes

Sur son site, Romain Fessard propose des sucettes aux scorpions, des barres de céréales aux insectes, et plus d’une quarantaine d’espèces : punaises géantes, chenilles d’Afrique, criquets mais aussi des scorpions, qui font fureur en Chine paraît-il. Des recettes sont également postées comme les « Raviolis de criquets et grillons comestibles », les « brochettes de criquets » et en dessert un « brownie aux vers ».

Des avantages pour la santé... 

Parmi les acheteurs, certains testent les insectes pour « le fun », explique à Jol Press Romain Fessard. Mais une grande partie de sa clientèle s’intéresse vraiment à l’entomophagie, convaincue que les insectes sont la nourriture du futur. En plus, « ça ne pollue pas et c’est bio », explique le fondateur de la boutique en ligne. Avec un  taux de protéines supérieur à celui de la viande, 40 petits grillons équivalent par exemple à un steak de bœuf de 100g, précise Romain Fessard. 

... et pour l’environnement

Très nutritifs, ces petites bêtes sont également écologiques. Leur production emet moins de gaz à effet de serre que le bétail, et exige moins de ressources alimentaires : « En moyenne, 2 kg d'aliments sont nécessaire pour produire 1 kg d'insectes, tandis que les bovins exigent 8 kg d'aliments pour produire 1 kg de viande » indique la FAO. Les insectes ont l’avantage de se reproduire très vite : « ils ne prennent pas de place, on les dispose dans des bacs, on les nourrit une fois par jour avec des fruits et légumes », explique Romain Fessard. Des lampes spéciales pour réguler la température permettent de se rapprocher de l'acclimatation naturelle des insectes afin qu’ils se reproduisent plus rapidement.  

Comme « Insectes comestibles », la société « Micronutris » produit et commercialise des insectes alimentaires : « Depuis fin 2012 notre unité de production d'insectes pour l'alimentation humaine est opérationnelle (nourriture bio de nos insectes, traçabilité, contrôle microbiologique), c'est à ce jour la seule unité de productions d'insectes pour l'alimentation humaine en Europe » explique Cédric Auriol, gérant de Micronutris. « Nous prévoyons de produire 15 tonnes d'insectes en 2013 (grillons domestiques et vers de farine) et travaillons actuellement au développement de produits grand public à base d'insectes, notamment une barre énergétique qui devrait apparaitre dans les linéaires des distributeurs fin 2013 » poursuit-il.

Pour l’instant, Romain Fessard doit se contenter d'une boutique en ligne, un vide juridique ne lui permettant pas de vendre les insectes dans un magasin physique en France. « Comme les sushis ont eu du mal à arriver ici, le commerce des insectes a du chemin à faire » estime-t-il. Mais d’ici 30 ans, il sera peut-être courant d’avoir des insectes dans nos assiettes.

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