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FIN DU MONDE

Les discours sur l'Apocalypse sous haute surveillance chinoise

En Chine, si les membres de la secte de la « Lumière de l'Est » veulent parler de la fin du monde, ils devront le faire en prison. Environ 500 personnes ont été arrêtées en Chine pour avoir répandu des rumeurs sur une possible fin du monde le 21 décembre 2012.

L’agriculteur chinois Liu Qiyuan pose à côté de ses abris de survie qu'il a construits dans le village de Qiantun, au sud de Pékin. Inspiré par le film hollywoodien apocalyptique « 2012 », Liu espère que ses créations seront adoptées par les gouvernements et utilisées en cas de tsunamis et tremblements de terre. Photo : capture d’écran vidéo

Le Parti communiste chinois, obsédé par la stabilité sociale ?

Les quelques 500 personnes arrêtées en Chine pour avoir répandu des rumeurs à propos de l'apocalypse imminente ne seront pas enfermées pendant longtemps si leurs prédictions s'avèrent vraies.

Mais s’ils ont tort, et que le monde continue de tourner après le 21 décembre, ceux emprisonnés en Chine cette semaine auront probablement beaucoup de temps pour reconsidérer leurs croyances, dans un des systèmes d’emprisonnement les plus brutaux du monde. Ils auront aussi tout le temps de se demander pourquoi ils ont décidé de s’opposer au Parti communiste chinois et à son obsession de maintenir la stabilité sociale.

L’ « Église du Dieu Tout-Puissant », bête noire du « Grand Dragon Rouge »

Les médias d’État ont rapporté que plus de 400 membres de l’Église du Dieu Tout-Puissant (une secte d’obédience chrétienne) étaient détenus dans la province de Qinghai, à l’ouest du pays, pour avoir répandu leur croyance sur la fin du monde imminente.

Les fidèles de l’église croient que Jésus est revenu sur Terre sous les traits d’une Chinoise d’environ 40 ans, qui est censée ne jamais avoir été photographiée et qui aurait rédigé un troisième testament de la Bible.

Aussi connu sous le nom « Eastern Lightening » (« Lumière de l’Est »), le groupe explique que seuls les adeptes qui suivent cette femme la rejoindront au paradis après l’Apocalypse. Ils affirment également être engagés dans une lutte mortelle avec le « Grand Dragon Rouge », plus communément appelé « Parti communiste chinois »...

Pékin accuse la secte de propagande et de « lavage de cerveau »

Pékin a étiqueté le groupe sous le nom de « secte perverse », et déclaré qu’elle utilisait des promesses d’argent, de sexe et de drogue pour convertir les gens. Quand cela ne marche pas, ajoute-t-il, l’église kidnappe, lave le cerveau et torture les gens pour les forcer à la conversion.

The Global Times, journal chinois pro-gouvernemental, a déclaré lundi 17 décembre que 37 membres de la « secte » étaient détenus pour avoir « lavé le cerveau » des gens, les « forçant à croire que la fin du monde était proche ». Le journal affirme aussi que la « Lumière de l’Est » envoyait des messages de manière massive, distribuait des brochures et des CD dans les bus, parcs et autres lieux publics, prédisant la fin du monde.

« Des grands tsunamis et tremblements de terre vont se produire partout dans le monde », écrirait la « Lumière de l’Est » dans ses messages, selon le quotidien basé à Pékin.

Contrôle et punitions

Des centaines de membres du groupe qui, selon les estimations, rassemblerait plus d’un million d’adeptes, ont affronté des agents de sécurité dans trois provinces la semaine dernière.

« Bien que le groupe ne semble pas poser de risque majeur pour la sécurité publique, tout comme d'autres groupes comme celui-ci en Chine, cela ne fait pas de mal au Parti de montrer à tout le monde qu’il contrôle la situation et que "cracher sur le trône" ne paie pas », a déclaré George Chang, un sociologue de l’université nationale de Taiwan.

L’agence de presse nationale gérée par l’Etat, Xinhua, a rapporté que : « Selon la police, les résidents locaux devraient se conformer à la loi et s'abstenir de répandre des rumeurs alarmistes. Des punitions seront données à ceux qui diffusent des rumeurs dans le but de causer des ennuis, tromper la population ou troubler l'ordre social ».

Le paradoxe de la politique anti-religion

Mais les contrôles stricts de Pékin sur la religion rendent d’une certaine manière plus facile pour des groupes tels que la « Lumière de l’Est » de prendre racine en Chine, selon George Chang.

« La plupart des gens ne réalisent pas que dans la Chine rurale en particulier, les gens demandent beaucoup plus de prêtres et d’églises qu'il n'y en a. Ce manque permet à ces religions dissidentes clandestines et plutôt bizarres de prospérer », explique-t-il.

Groupe bizarre et dissident ou non, la fascination pour le 21 décembre, date qui marquerait la fin du monde selon le calendrier maya, a depuis longtemps touché le pays.

La peur panique de la fin du monde augmente en Chine

Le film hollywoodien 2012 (sorti en 2009), dans lequel John Cusak tient la tête d’affiche, et qui décrit l'Apocalypse maya, a été un succès au box-office chinois. Dans 2012, une dernière chance de survie est donnée à l'humanité lorsque le gouvernement chinois arrive à construire des arches immenses.

Affiche du film « 2012 », réalisé par Rolan Emmerich, en 2009

En réalité, le public chinois ne semble pas vraiment assuré que le gouvernement sera là pour eux. Selon les médias, alors que l'anxiété augmente avant la date imminente, beaucoup de Chinois seraient troublés par la fin du monde, mettant de côté leurs économies et achetant des produits de première nécessité de manière compulsive. Les entrepreneurs proposent des kits de survie équipés avec de la nourriture, de l'eau, de l'oxygène, des trousses médicales et de l'essence.

Selon le Daily Telegraph, un agriculteur de la province d’Hebei a construit dans son garage sept abris sphériques pouvant héberger chacun 14 personnes. Il espère pouvoir les vendre 50 000 dollars chacun. Le journal écrit qu’un autre « entrepreneur de la fin du monde » à Zhejiang « a reçu 21 commandes pour ses arches de haute qualité, fabriquées à la main », et en a vendu une « pour près de 500 000 dollars ».

Pour Pékin, les fausses prédictions sur la fin du monde expliquent l’attaque de Henan

Mais pendant que l’Église du Dieu Tout-Puissant fait face à une autre vague de répression et que les médias d’État tournent en dérision les « survivalistes », Pékin, selon certaines critiques, n'a pas tardé à tirer profit de la soi-disant fin du monde à ses propres fins.

Xinhua a rapporté lundi que l’auteur de l'attaque du vendredi 14 décembre (le même jour que la fusillade dans le Connecticut, aux États-Unis] dans une école primaire à Henan, dans le centre de la Chine (qui a blessé 22 enfants et une femme âgée), a été « poussé à commettre le crime à cause des prédictions sur la fin du monde ».

GlobalPost / Adaptation : Anaïs Lefébure pour JOL Press

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