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MINORITÉ MENACÉE

Qui sont les Yézidis, persécutés par l’État islamique en Irak?

Réfugiés dans les hauteurs des montagnes du Sinjar, au nord de l’Irak, des dizaines de milliers de Yézidis tentent de fuir les massacres perpétrés par les djihadistes de l’Etat islamique, qui poursuivent leur avancée. Comme les chrétiens d’Irak, les Yézidis sont menacés de disparition.

Temple de Lalesh, lieu de culte des Yézidis au nord de l'Irak. YZD / Wikimedia Commons

Début août, la prise de Sinjar au nord de l’Irak par les djihadistes de l’Etat islamique a forcé la communauté yézidie (ou yazidie), majoritaire dans cette région, à fuir ses habitations. Retranchés dans les montagnes arides du nord et encerclés par les extrémistes sunnites, les Yézidis sont des dizaines de milliers à attendre désespérément l’aide internationale.

"Au nom de l’humanit"

Attaquée par les djihadistes qui considèrent cette minorité kurdophone non-musulmane comme des "adorateurs de Satan", la communauté yézidie, comme la communauté chrétienne d'Irak, pourrait "disparaître de la surface de la Terre", selon la députée yézidie Vian Dakhil.

Celle-ci s’est exprimée la semaine dernière devant le Parlement irakien, alertant ses confrères et la communauté internationale du danger représenté par la prise de Sinjar, bastion des Yézidis, par les combattants de l’Etat islamique. "Nous sommes massacrés au nom de la doctrine “il n’y a de Dieu qu’Allah” [la formule inscrite sur les drapeaux noirs de l’Etat islamique, ndlr", a-t-elle déploré, en larmes, devant l’assemblée.

"Nous sommes en train d’être massacrés. Notre religion est en train d’être effacée de la surface de la Terre, je vous en supplie, au nom de l’humanit", a-t-elle poursuivi, terminant son discours sous les applaudissements des députés.

Une religion monothéiste à part

Les Yézidis seraient environ 300 000 dans le nord de l’Irak, à la frontière syrienne. Proches des Kurdes, dont ils parlent un dialecte, les Yézidis ont une religion à part en Irak. Monothéistes, ils sont adeptes d’une religion vieille de plus de 6000 ans selon leur calendrier, tirant ses racines de l’Iran ancien, proche du zoroastrisme et issue du syncrétisme religieux (certains de leurs rites sont proches du christianisme ou du soufisme).

Considérés comme des "hérétiques" par les djihadistes de l’Etat islamique, ils vivent désormais sous la menace de l’extermination depuis la fulgurante avancée des extrémistes sur les territoires irakien et syrien.

Minorités menacées

Les djihadistes, qui entendent imposer leur vision radicale de l’islam et recréer un califat sunnite à cheval sur les deux pays, combattent les chiites, leurs ennemis jurés, mais aussi les chrétiens – qu’ils ont chassés de Mossoul – et les autres minorités religieuses en Irak, comme les Yézidis ou les Shabaks.

Face à cela, les minorités se trouvent devant trois options, explique Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, à JOL Press : "la première, c’est la fuite, quand elles le peuvent – on voit l’ampleur des déplacés et des réfugiés aujourd’hui. La deuxième, c’est la conversion au sunnisme, que peu de populations acceptent. Ce qui nous mène à la troisième option : la mort, si les minorités refusent de se convertir".

500 Yézidis massacrés

D’après le ministre irakien des Droits de l’homme, les "bandes de l’Etat islamique" auraient déjà exécuté au moins 500 Yézidis après avoir pris la ville de Sinjar, et certains, dont des femmes et des enfants, auraient été enterrés vivants dans des fosses communes. Un massacre qualifié de "crime contre l’humanit" par la Ligue arabe.

Près de 20 000 Yézidis auraient par ailleurs trouvé refuge au Kurdistan, où les combattants kurdes, les peshmergas, luttent contre l’avancée des djihadistes et tentent de limiter leur incursion. Mais d’autres milliers de Yézidis sont toujours coincés dans les montagnes du Sinjar, parcourant souvent des centaines de kilomètres dans des plaines sans eau ni ombre.

Certaines photos et vidéos montrent les populations déplacées installant des abris de fortunes sur la terre asséchée du mont Sinjar, sous une chaleur accablante. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont commencé à larguer de l’eau et des vivres dans la région, mais l’aide internationale reste insuffisante.

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