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AUSTÉRITÉ EN EUROPE

Irlande: le sénat sacrifié sur l’autel de l’austérité?

Les réformes structurelles et les cures d’austérité semblent enfin porter leurs fruits en Irlande. La situation économique s’améliore peu à peu et le système bancaire retrouve une relative solidité. Pourtant, le pays n’est pas sorti d’affaire et l’austérité est encore loin de pouvoir être reléguée au statut mauvais souvenir. Nouvelle idée proposée pour faire des économies : supprimer le sénat. Les Irlandais seront appelés aux urnes le 4 octobre pour prendre part au référendum et décider si le sénat doit être supprimé.

Enda Kenny, Premier ministre irlandais et José Manuel Barroso - Photo : Fine Gael/flickr/cc

La situation peut paraître cocasse mais si les Irlandais se prononcent en faveur de la suppression du sénat, ce ne sera une première dans l’histoire. Par le passé, la Nouvelle-Zélande, le Danemark et la Suède ont aboli la "chambre haute" de leur parlement pour adopter un système parlementaire à une seule chambre, ou monocaméral.

Une institution dépassée ?

Le sénat, ou Seanad Éireann, se compose de 60 membres et il est loin de jouer un rôle majeur dans la vie politique irlandaise. Son intervention se limite bien souvent au simple enregistrement des textes adoptés par la chambre basse, ou Dáil Éireann. Le pouvoir le plus important que détient le sénat est celui de retarder de 90 jours un projet voté par la chambre des communes irlandaises. Dans les faits, les sénateurs n’ont eu que très peu recours à cette prérogative, deux fois en 75 ans. Le Premier ministre avait de plus estimé que le sénat n’était pas "représentatif du peuple irlandais"

La critique de cette institution est très large dans le pays puisque son abolition est défendue par le gouvernement de coalition au pouvoir mais aussi par une partie de l’opposition.

L’austérité est également invoquée pour confirmer la nécessité de supprimer le sénat. Regina Doherty, fervente partisane de la suppression de l’institution et figure éminente de la campagne menée par le Fine Gael, parti du Premier ministre Enda Kenny, avait déclaré en ce sens : "La population irlandaise a dû consentir à des sacrifices terribles au cours de ces dernières années. Il n'y a pas de raison pour que la classe politique ne fasse pas la même chose" Elle avait de plus indiqué que la suppression du sénat permettrait de réaliser une économie immédiate de 8,8 millions d’euros auxquels s’ajouteraient plus tard deux autres millions par an de pensions de retraite.

Pearse Doherty, ancien sénateur, était allé plus loin dans la critique, estimant que la chambre haute servait uniquement de maison de retraites aux perdants des élections ou de voie d’accès à la chambre des communes.

Le résultat du scrutin toujours incertain

Les sondages sur la question semblent montrer que même s’il est plus probable que le "oui" l’emporte, rien n’est encore joué. Les Irlandais seraient en effet nombreux à être indécis, ce qui est assez surprenant quand on sait qu’ils sont loin d’avoir une image positive de leur classe politique, responsable à leurs yeux de les avoir précipités dans la crise et de leur avoir infligé une très sévère cure d’austérité. Pour rappel, le pays avait été contraint en 2010 de demander l’aide de la troïka, qui avait alors accordé son plan d’assistance en échange de l’application d’un plan draconien d’économies.

Même si, dans les faits, ce n’est pas vraiment le cas, les partisans du maintien de l’institution assurent qu’elle constitue un contre-pouvoir nécessaire face au gouvernement de coalition qui dirige actuellement. Le sénateur David Norris avait ainsi déclaré à l’AFP : "Le gouvernement a remporté l'élection présidentielle, détient une majorité écrasante à la chambre basse, contrôle une bonne partie des banques à nos frais (...). Que reste-t-il ? Le sénat, au moins, représente une voix dissidente" Verdict le 4 octobre, date à laquelle nous saurons si l’austérité aura eu la tête du sénat irlandais.

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