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RETOUR DE REPORTAGE

10 jours au cœur du conflit entre Israël et le Hamas... des leçons que la France et l'Occident auraient tort d'ignorer

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"Tu te dores la pilule et, pendant ce temps, les enfants de Gaza sont sous les bombes israéliennes"

Il aura suffi d’une photo prise sur une plage – vide – de Tel Aviv pour m’attirer les foudres de quelques "amis Facebook". Des amis, qui "me connaissent si bien", ne peuvent s’empêcher d’imaginer qu’il s’agisse là de "sarcasme" de ma part, de "sarcasme au cinquantième degr", tant ce geste – l’illustration des impacts du conflit entre Israël et le Hamas sur la vie quotidienne des habitants de Tel Aviv – leur paraît incompréhensible, insensible…

J’ai aussi été et je reste particulièrement troublé par la couverture, le traitement éditorial par les chaînes de télévision françaises, celles d’information en continue notamment, France 24 en particulier – que je connais bien. Depuis dix jours et le lancement de l’opération "Bordure protectrice", il n’est question que de "l’offensive israélienne" et, quand il s’agit de titrer, c’est le décompte des victimes gazaouies qui est privilégié. Triste décompte, mais traitement partial.

A ces amis, à ces confrères, à ces confrères et amis, depuis l’avion du retour – le vol El Al 325 du jeudi 17 juillet – alors que l’opération terrestre n’a pas encore commencé, je tiens à livrer quelques éléments de réflexion supplémentaires, mes éléments de réflexion supplémentaires, sur ce qu’il m’a été donné de voir, en journaliste, au cours des dix derniers jours, de Jérusalem à Tel Aviv.

"C’est qui qu’a commenc"

Peu m’importe ici de revenir sur les sources profondes du désaccord historique entre Israéliens et Palestiniens. En revanche, je tiens à rappeler que le nouvel épisode de violence, celui que nous avons vécu et que nous vivons, dans le conflit entre Israël et le Hamas, a été initié par le Hamas, au pouvoir à Gaza, avec l’appui d’autres groupes islamistes fondamentalistes. C’est un fait, j’étais mardi 8 juillet dans un des premiers avions à atterrir, avec 40 minutes de retard, après le premier tir de roquettes sur Tel Aviv.

Si le conflit israélo-palestinien est à l’origine l’affrontement entre deux nationalismes revendiquant la même terre, les islamistes, le Hamas et compagnie, radicalisent cet affrontement en en exacerbant la dimension religieuse ; leur combat, c’est le jihad.

Moi, j’ai choisi mon camp.

Un conflit asymétrique

A en croire l’opinion, semble-t-il dominante en France, Israël serait donc l’agresseur et Israël serait forcément coupable au motif, en particulier, qu’il n’y aurait pas ou peu de victimes dans les rangs israéliens. Si Israël ne compte que peu ou pas de victimes, c’est parce que ses responsables politiques, conscients, lucides devant l’ampleur de la menace islamiste, ont su développer le fameux "Dome d’acier", un système défensif, anti-missile, fiable à plus de 90%. Quelle mentalité faut-il nourrir pour reprocher à celui qui se protège de se protéger ? Que diraient-ils si les roquettes et autres projectiles du Hamas faisaient mouche et tuaient par dizaines des civils israéliens ? "Bien fait pour eux"… 

Oui, ce conflit est un conflit asymétrique où il ne saurait être question d’équilibre des forces. Oui, Israël pourrait envahir – dans des proportions sans comparaison avec l’opération en cours – Gaza, en reprendre le contrôle et éradiquer le Hamas en moins de temps qu’il ne faut pour le dire - mais cela aurait un prix physique et moral inacceptable pour une telle démocratie occidentale. Oui, Israël soigne sa riposte. Oui, Israël prévient les civils de Gaza résidant dans les zones ciblées, repaires de terroristes.

Oui, Israël intègre à ses unités combattantes des "conseillers juridiques" chargés de veiller à ce que les opérations militaires soient conformes aux principes du droit de la guerre et, en particulier, à la célèbre convention de Genève.

Ce sont des faits bien documentés. Certains, amis et confrères, préfèrent le nier, ou les balayer d’un revers de la main au motif que de toute façon – la résistance d’Israël face aux terroristes serait, en soi, illégitime. Idéologie.

Gazaouis et Israéliens, otages des islamistes 

Le Hamas et ses sbires ont, de fait, pris en otages les populations de Gaza. Les Gazaouis sont à plaindre même si ce sont bien eux qui ont confié, par un vote, les rênes du pouvoir aux islamistes.

Le Hamas et ses sbires prennent aussi en otages Israël et les Israéliens – faut-il rappeler que, depuis dix jours, ils sont 5 millions à se trouver dans la ligne de mire des roquettes tirées de Gaza. On estime largement, vu de loin, de Paris par exemple, l’impact psychologique – mais aussi économique - des alertes provoquées par les tirs incessants sur Ashkelon, Sderot, Tel Aviv ou même Jérusalem. "Je préfère encore les campagnes d’attentats-suicides" m’avouait il y a quelques jours une habitante de Tel Aviv. "Au moins, dans ce cas, nous ne vivons pas avec la crainte permanente d’entendre les sirènes du code rouge". Tout est dit. Ces sirènes du code rouge, elles s’infiltrent dans les têtes et, croyez-moi, comme elles se répliquent dans tous les bruits urbains, on ne les déloge pas facilement.

Ces derniers jours, la "bulle", comme est surnommée Tel Aviv, Tel Aviv la joyeuse, la dansante, la vibrante, avait presque éclaté. Méconnaissable, m’a-t-on assuré. Je le crois.

Que les "bien-pensants" de France n’hésitent surtout pas à prendre le premier avion pour Tel Aviv afin de goûter, ne serait-ce que quelques jours, aux plaisirs de la guerre. Voilà qui vaut le déplacement…

L’intolérable complicité

Qu’ils en aient bien conscience, tous ceux qui, par coquetterie ou par ignorance, fustigent par principe Israël, l’accusent de tous les maux, font le lit des fanatiques, des islamistes les plus fanatiques, des islamo-fascistes.

Comment ignorer la réalité, les exemples de cohabitation pacifiée entre tant d’Israéliens juifs et arabes ? Comment ignorer l’intégration de tant de Druzes, de tant de Bédouins ? Comment ignorer que même dans les territoires dits occupés tant de Palestiniens n’aspirent qu’à la paix et envisageraient même de rejoindre Israël si la solution des deux Etats, avec une Palestine radicale, venait à aboutir ?

Le Hamas, c’est une émanation des Frères musulmans, et derrière il y a toute la nébuleuse islamo-fascistes, tous ces groupes, jusqu’à Al Qaïda, qui pervertissent la religion musulmane, comme d’autres avant, au siècle précédent et en Occident, fascistes, nazis, soviétiques, ont perverti les idéaux judéo-chrétiens et l’idéal des Lumières.

"Mort aux Juifs" à Paris… c’est la République, et bien plus, qu’ils ciblent 

Et puis, il y eut un choc, un choc profond qui, je peux en témoigner, a troublé un très grand nombre d’Israéliens. Je songe aux événements parisiens du dimanche 13 juillet, la "prise de la Bastille", l’encerclement de la synagogue de la Roquette, les attaques sur des commerces de la rue de Turenne aux cris de "mort aux juifs".

Qui sont les auteurs de ces cris ? "Quelques abrutis", m’a répondu un "ami Facebook"… Abrutis ? Oui. Mais abrutis par quoi, abrutis par qui ? Dans tous les cas, le mot "abrutis" est bien trop faible et tend à sous-estimer l’état d’esprit, les motivations de leurs auteurs. Traumatisée par son antisémitisme historique, la France du politiquement correct peine à reconnaître l’émergence d’un nouvel antisémitisme au sein de la communauté musulmane – mais pas seulement -, directement nourri d’une incompréhension du conflit israélo-palestinien et du "printemps islamiste" aux quatre coins du monde arabe.

Ne pas l’admettre, c’est prendre, devant l’histoire, l’histoire en marche, une grande responsabilité. En la matière, la timidité de nos hommes politiques est coupable. Il est forcément possible de dénoncer cette dérive sans tomber pour autant dans l’islamophobie, il est essentiel d’y parvenir en établissant une distinction forte entre islamistes, islamo-fascistes, et musulmans. C’est une impérieuse nécessité, certains y travaillent, qu’ils soient encouragés. Notre angélisme est mortifère.

Crier "Mort aux juifs" place de la Bastille à Paris, ce n’est pas seulement s’en prendre aux juifs, d’ici ou d’ailleurs, ce n’est pas seulement dénoncer maladroitement, confusément Israël et sa politique, c’est nous attaquer nous tous, citoyens français, c’est attaquer la République, la France, l’Europe et, plus largement, l’Occident.

L’islamo-fascisme, idéologie exterminatrice, nous menace tous. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

En partant, notre guide a répondu avec la plus grande justesse aux "Bon courage" qui ont accompagné nos "Au revoir". "Bon courage à vous" nous a-t-il lancé. "Nous, ici, en Israël, nous avons le Dôme d’acier et puis nous avons appris à nous défendre. Mais, vous, en Occident et en France en particulier, il se pourrait que vous vous prépariez à des temps bien compliqués"

Vers l’Occident compliqué, je rentre avec des idées claires.

Post-scriptum : Paris, jeudi 17 juillet à 23h00 – Message de bienvenue de mon épicier d'origine tunisienne : "C’est bien que tu y sois allé parce qu’à TF1 ou sur i-Télé il y a que des juifs". Stupéfaction et, un instant, la crainte quasi épidermique d’entendre les sirènes du code rouge retentir sur le boulevard Bonne Nouvelle… Vraie fausse alerte. En Israël, l’opération terrestre a débuté…

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