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Italie: les mesures choc de Matteo Renzi pour relancer l'économie

«On n'a jamais vu un ensemble de réformes aussi imposant», s'est félicité le nouveau président du Conseil italien Matteo Renzi qui a présenté, mercredi 12 mars, les premières mesures concrètes de son gouvernement. Dans un pays où la pression fiscale est l'une des plus élevées au monde, l'ancien maire de Florence a notamment annoncé à partir du 1er mai un abaissement des impôts de 10 milliards d'euros.

Photo: pdemilia-romagna/Flickr

JOL Press : Matteo Renzi a annoncé une baisse des impôts de 10 milliards d'euros. "Il est évident que mettre dans les poches des Italiens 1 000 euros en plus (sur un an) aidera à la consommation", a-t-il dit. Est-ce une bonne solution ?

 

Christophe Bouillaud : Une chose est sûre : il est indispensable d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages car, en Italie, la demande intérieure est au plus bas depuis des années. La consommation alimentaire est par exemple retombée à son niveau de 1981. La consommation privée a reculé de 4,1% en 2012. L'économie italienne ne peut pas reposer uniquement sur les exportations, Matteo Renzi l'a bien compris.

Cela étant, je trouve que les montants annoncés ne sont pas faramineux. Et je ne suis pas convaincu que 10 milliards d'euros suffiront à relancer la demande intérieure du pays.

JOL Press : Une baisse de 10% de la taxe professionnelle, des fonds supplémentaires pour garantir les crédits aux PME et une diminution du coût de l'énergie pour les entreprises ont aussi été annoncés. Que pensez-vous de ces mesures ?

 

Christophe Bouillaud : Ce sont des décisions très positives. On peut également se réjouir que l'Etat se soit engagé à rembourser aux entreprises ce qu'il leur doit encore par l'intermédiaire de la Caisse des dépôts, soit 68 milliards d'euros (là-dessus, les prédécesseurs de Matteo Renzi avaient déjà budgété 20 milliards). Si l'Etat règle ses dettes, cela aidera considérablement les entreprises.

JOL Press : L'Italie, confrontée à un très fort taux d'endettement public, est dans le collimateur de la Commission européenne. Matteo Renzi ne joue-t-il pas avec le feu ?

 

Christophe Bouillaud : Les 10 milliards seront couverts par des économies sur les dépenses publiques (7 milliards, ndlr) et la baisse des intérêts que doit payer l'Italie sur sa dette (3 milliards, ndlr), a garanti Matteo Renzi.

Cela étant, sa position est contradictoire : d'un côté, il annonce une baisse des impôts et une hausse des dépenses pour relancer l'économie. D'un autre côté, Bruxelles exhorte Rome à ne pas trop s'endetter. Je crois que Matteo Renzi en a assez des règles dictées par la Commission, mais il n'ose pas franchir le Rubicon. S'il connaît des succès économiques dans les mois à venir, Matteo Renzi pourrait s'enhardir et s'éloigner davantage de la politique d'austérité prônée par Bruxelles.

En outre, je pense que ces dépenses annoncées auront un impact positif. Sans croissance, l'Italie ne pourra jamais rembourser sa dette. Or, avec le train de mesures annoncé, Matteo Renzi met l'accent sur la croissance. Il joue aussi sur un changement d'humeur international : tout le monde se rend compte, à part la Commission européenne, que l'austérité à tout crin ne sert pas nécessairement à grand-chose.

JOL Press : Matteo Renzi a d'ailleurs annoncé d'importantes dépenses dans le domaine de l'éducation : 3,5 milliards pour la rénovation des écoles et un fonds doté de 1,7 milliard qui pourra financer pour les 18-29 ans la poursuite de leurs études.

 

Christophe Bouillaud : Effectivement. Les investissements publics dans ce secteur manquent cruellement depuis des années. Résultat : les jeunes Italiens ne sont pas suffisamment qualifiés et sont de moins en moins nombreux à s'inscrire à l'université. Si rien n'est fait, cela aura un impact négatif sur la compétitivité du pays dans les années à venir. On assiste donc à une réelle prise de conscience : à force de faire de l'austérité, on scie l'arbre sur lequel on est assis.

JOL Press : Le financement de ces nouvelles dépenses est-il tenable ?

 

Christophe Bouillaud : C'est la grande inconnue de cette équation... Encore un fois, à force de couper dans les dépenses depuis plusieurs années, on ne sait plus où trouver de l'argent. Nous sommes dans une phase d'hésitation. Le plan de relance de Matteo Renzi n'est pas en totale opposition avec la politique de Bruxelles. Cela pourrait changer dans les prochains mois. Il faudra voir quels seront les nouveaux équilibres à la Commission après les élections européennes. Au niveau de l'UE, peut-être va-t-on se rendre compte qu'il faudrait davantage axer la politique de relance vers la demande.

Il est en tous cas certain que la politique d'austérité pratiquée par Mario Monti a fortement déprimé le tissu industriel et commercial italien. Matteo Renzi prend simplement en compte l'importance du marché intérieur pour relancer l'économie du pays.

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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l'IEP de Grenoble et spécialiste de la vie politique italienne.

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