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ENTRETIEN AVEC THIBAULT GIRARDET

Jean Lassalle, un député à la rencontre des Français

Le député MoDem, Jean Lassalle, vient de rentrer d'un périple de huit mois au cours duquel il a parcouru près de 6000 km à pied à la rencontre des Français. Thibault Girardet l’a suivi pendant deux mois et a participé bénévolement à l’aventure en recueillant au fil des jours les témoignages des Français que le député rencontrait. Entretien.

Le député Jean Lassalle a achevé son tour de France à pied et atteint l'Assemblée nationale - DR

La marche de de Jean Lassalle, député MoDem des Pyrénées-Atlantiques, qui a débuté le 10 avril, s'est achevée samedi 14 décembre. Thibault Girardet l’a suivi pendant deux mois. Pour JOL Press, il revient sur cette aventure inédite et sur la manière dont les Français ont reçu l’homme politique. Entretien.

JOL Press : Que cherchait Jean Lassalle en se lançant dans cette aventure ?

Thibault Girardet : Jean Lassalle a vu que le pays allait mal et que si on ne faisait pas quelque chose de fort on allait se diriger vers plus de violences. Il a aussi constaté que le lien avait été rompu entre les citoyens eux-mêmes mais aussi entre les Français et les hommes politiques. Pour lui, le seul moyen de se reconnecter avec les citoyens c’était d’aller à leur rencontre, non pas dans une période électorale, ou une après-midi sur un marché, mais sur leur lieux de vie. Jean Lassalle a voulu rencontrer les Français, les écouter parler, entendre leurs préoccupations et leurs propositions.

S’il avait compris que le lien était rompu entre les Français et les politiques, sa marche n’a fait que renforcer ce constat. Et cela n’a pas été facile tous les jours, il n’a pas toujours été bien reçu. Pendant que je l’accompagnais, j’ai vu une professeure d’université lui cracher au visage.

JOL Press : En règle générale, comment Jean Lassalle a-t-il été reçu par les Français ?

Thibault Girardet : Jean Lassalle a une cote de sympathie assez élevée auprès des populations. Sa grève de la faim, entamée en résistance à la délocalisation de l'usine Toyal, a marqué les esprits. Il est apparu comme un député authentique loin des querelles de partis. J'ai été extrêmement surpris de voir qu'il était reconnu dans des petits villages reculés de France. Il a d’ailleurs été beaucoup plus reconnu dans les campagnes qu’en ville. Un jour, un maire d’une petite commune est venu l’accueillir, à l’entrée de son village, avec son écharpe tricolore, tellement il était honoré de recevoir un député.

JOL Press : Que lui ont dit les Français ?

Thibault Girardet : Les gens se sont plaints, ils ont profité de cette rencontre pour dire ce qu’ils avaient sur le cœur. Le premier travail de Jean Lassalle a été un travail d’écoute. Ce qui ressort de ces échanges c’est que les Français ont peur pour l’avenir de leurs enfants. Ils sont désemparés face à la montée du chômage, face à l’immensité de la dette. Les gens ont aussi manifesté beaucoup d’hostilité vis-à-vis de l’Europe. Et sur ce point, Jean Lassalle a été vraiment surpris, il ne s’attendait pas à autant de rejet. Ce rejet était même exprimé dans des régions de France qui sont normalement plutôt favorable à l’Europe, comme l’Alsace par exemple.

JOL Press : Que va faire Jean Lassalle de tout ce qu’il a entendu ?

Thibault Girardet : Jean Lassalle s’est constitué une équipe d’environ vingt personnes, bénévoles pour la plupart, qui l’on suivi tout au long de sa marche et qui ont récolté les témoignages de toutes ces personnes qu’il rencontrait. Pendant deux mois, cette équipe va faire le point de toutes ces doléances récoltées au fil des jours et rédiger ses "cahiers de l’espoir" que Jean Lassalle espère remettre à François Hollande, en personne, mais aussi au président de l’Assemblée nationale.

JOL Press : Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans ces rencontres ?

Thibault Girardet : Nous avons réalisé à quel point les gens vont mal. On sait que les Français en ont ras le bol mais quand on les voit et quand on prend la peine d’entendre ce qu’ils ont à dire, on a froid dans le dos. Mais ce qui a rendu l’expérience vraiment intéressante c’est que Jean Lassalle traverse toutes les couches de la société : il a parlé autant avec des militaires, des archevêques, des élus, des professeurs, des étudiants, des ouvriers, des agriculteurs et tous ceux qu’il a pu croiser autour d’un café ou sur les routes. Ce qui est marquant c’est que malgré leurs différences de mode vie, leur colère est la même.

JOL Press : Avez-vous senti que cette colère allait se tourner vers le Front national dans les urnes ?

Thibault Girardet : Nous avons croisé des gens qui n’ont pas hésité à nous dire qu’ils voteraient FN aux prochaines élections. Il est, en effet, tout à fait possible que le front national bénéficie de cette colère grandissante dans le pays. Mais les élections qui, à mon sens, risquent d’être les plus favorables au FN, ce sont les européennes. 

JOL Press : Comment Jean Lassalle a-t-il l’intention de lutter contre ce phénomène ? Comment souhaite-t-il rétablir la confiance entre les Français et la classe politique ?

Thibault Girardet : En lançant cette marche, Jean Lassalle a voulu rétablir cette confiance et montrer que le dialogue pouvait éviter la violence. Pour lui, l’intelligence c’est de se mettre tous autour d’une table et de discuter pour essayer de donner un cap à ce pays qui en vaut la peine. Il a posé un acte de résistant et il espère que d’autres, après lui, iront à la rencontre des Français et briseront cette frontière de verre qui les sépare. Pour lui, l’unique façon d’éteindre la colère des Français c’est de reconstituer un lien avec eux. La marche n’était pas une fin en soi, tout reste à faire.

Propos recueillis par Marine Tertrais pour JOL Press

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