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APRÈS LAMPEDUSA

Italie: la tentation d'une politique migratoire plus souple?

Lundi 30 décembre, la ministre italienne de l’Intégration, Cécile Kyenge, a déclaré lors d’une interview que la fameuse loi Bossi-Fini, mise en place en 2002 et durcissant les conditions d’accueil des migrants en Italie, devrait être revue en 2014. Nouvelle année, nouvelle résolution ?

Des migrants débarquent sur l'île de Lampedusa, au large de la Sicile. Photo: Sara Prestianni / Noborder Network / flickr-cc

Au lendemain du premier jour de l’an, l’Italie pourrait bien prendre de bonnes résolutions, à commencer par la révision, en profondeur, de sa politique migratoire et notamment de la loi Bossi-Fini, de plus en plus impopulaire depuis les drames survenus à Lampedusa en 2013.

Parole de pape

"La loi Bossi-Fini devra être revue, en prêtant attention aux paroles du Pape : il a indiqué les politiques justes pour les personnes les plus vulnérables", a déclaré lundi 30 décembre la ministre italienne de l’Intégration, Cécile Kyenge, s'exprimant au micro de ​​Radio 1 Rai, au sujet des règles régissant l’immigration en Italie.

La veille, lors de l’Angelus du pape place Saint-Pierre à Rome, le pape François avait évoqué le sort des réfugiés dans le monde, déplorant le nombre important de familles qui "par millions peuvent se reconnaître dans cette triste réalit".

Les immigrés, "même quand ils trouvent du travail", ne trouvent pas toujours "la véritable hospitalité, le respect, l’appréciation de leurs valeurs", a ajouté le pape François.

"Lorsque nous nous tournons vers la Sainte Famille de Nazareth alors qu’elle est forcée de fuir [en Égypte après la naissance de Jésus], pensons au drame de ces migrants et de ces réfugiés qui sont victimes de rejet et d’exploitation", a-t-il poursuivi.

La loi Bossi-Fini en ligne de mire

La loi Bossi-Fini – du nom d’Umberto Bossi, chef du parti xénophobe de la Ligue du Nord lorsque la loi a été votée en 2002, et de Gianfranco Fini, ancien chef de file du parti postfasciste Alliance nationale –, qui régit les conditions d’accueil des migrants en décourageant les candidats au départ, est largement controversée, notamment depuis le drame survenu à Lampedusa en octobre dernier et qui a provoqué la mort de 360 personnes.

S’appuyant sur le discours du pape, la ministre a rappelé que depuis l’entrée en vigueur de la loi il y a plus de dix ans, "le pays a changé entre-temps, tout comme la loi Bossi-Fini qui a subi des changements, notamment avec l’introduction du "paquet-sécurité" [en 2009], l’une des décisions les plus controversées" de ces dernières années.

"Ces questions sont celles que nous devrons affronter en 2014", a ajouté Mme Kyenge. "Je pense que les paroles du pape François ont été très claires, très importantes", a conclu la ministre.

Une idée soutenue par le Partito Democratico (PD), qui a indiqué dans un communiqué que "la ministre Kyenge avait raison sur la loi Bossi-Fini : c’est une loi qui doit être revue parce qu’elle a produit de nombreux échecs. La réécriture des règles sur l’immigration, y compris celle sur la citoyenneté donnée aux enfants d’immigrants, est l’une des principales réformes voulues par le Parti démocrate pour moderniser notre pays".

Lampedusa ferme son centre

Le 16 décembre dernier, une vidéo filmée par un migrant syrien débarqué à Lampedusa avait suscité une vive polémique en Italie et hors frontières. On y voyait des migrants nus, en file d’attente dans un centre d’accueil, lavés au jet d’eau avec un produit contre la gale et recevant des affaires jetées par des personnes du centre.

Des conditions d’accueil jugées "inacceptables" par la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, et "inadmissibles" par Giorgio Napolitano, le président de la République italienne.

Le centre d’accueil de la petite île de Lampedusa, principale porte d’entrée vers l’Europe pour des milliers de migrants principalement venus d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, a été vidé à la veille de Noël. Les migrants ont été transférés dans d’autres centres d’Italie du Sud et de Sicile.

Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, a par ailleurs promis fin décembre que les conditions d’accueil des migrants et des réfugiés seraient totalement revues dès le mois de janvier, en modifiant notamment la loi Bossi-Fini et en abaissant le temps de séjour dans les Centres d’identification et d’expulsion (CIE) de 18 à 2 mois maximum.

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