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«LA VIE CACHÉE DES CHAMPS-ÉYSÉES», DE FLORIAN ANSELME

Ces dealers en cols blancs qui déambulent sur les Champs-Élysées

À la tombée du jour, les Champs-Elysées deviennent le théâtre d’un chassé-croisé entre flics et voyous. Agressions, trafic de drogue, prostitution… au cœur du triangle d’or, petits délinquants et grands mafieux se disputent leur part du gâteau. Extraits de « La vie cachée des Champs-Eysées », de Florian Anselme (Editions du Moment).

Photo : Cha già José/Flickr cc.

Vitrine incontestable de l’Hexagone, fantasmée dans le monde entier, l’avenue des Champs-Élysées se transforme en même temps que la société française. Les boutiques de luxe continuent de prospérer et le prix du mètre carré ne cesse de s’envoler. Mais les enseignes populaires et l’affluence touristique ont dégradé son image et, à l’ombre de l’opulence affichée, le quartier abrite une tout autre réalité.

Célébrités, hommes d’affaires, jeunes gens de bonne famille ou banlieusards sont comme aimantés par cette artère magique. Florian Anselme s’est invité dans cette danse endiablée. Il a rencontré les rois et les reines de ces fêtes où le champagne coule à flots. Il révèle dans ce livre les lieux préférés des people, où trinquer avec George Clooney et danser avec des starlettes de la téléréalité. Mais il raconte aussi les guerres fratricides qui plombent un univers où palaces et haute couture côtoient cercles de jeux et clubs de strip-tease.

Extraits de La vie cachée des Champs-Eysées, de Florian Anselme (Editions du Moment)

Alors que la plupart des observateurs dénoncent à l’unisson une "invasion" des banlieues, avec toute la criminalité potentielle que cela implique, une autre sorte de délinquance avance et progresse, cool et tapie dans l’ombre, dans le quartier des Champs-Élysées. Celle des fils à papa, bien nés et bien éduqués, mais qui dealent de la coke entre deux cours de solfège, de philo ou de marketing. Des jeunes à l’allure soignée, aux pulls en cachemire bleu ciel noués autour du cou et à la mèche façon James Dean ou David Bowie, que le cliché du voyou basané qui traque le camé arrange bien. Rencontre avec Nicolas C., vingt-trois ans, étudiant en école de commerce le jour, et dealeur de poudre le soir.

"Des types comme moi, il y en a des dizaines, commence-t-il, comme pour se dédouaner d’emblée. Et il en faut bien ! Vous croyez sincèrement que la petite bourge du seizième ira aborder un groupe de racailles pour avoir sa dose ? Ou encore qu’un gars qui passe à la télé va aller se fournir à Stalin- grad" Nicolas n’est pas un gros dealeur. Il "dépanne", comme il dit. Mais son "altruisme" arrondit toutefois sérieusement ses fins de mois… "a peut monter à trois ou quatre mille, mais jamais plus ; je fais gaffe. Après, on passe dans une autre catégorie, et ça devient dangereux. Je laisse ça aux autres"

Les autres ? "Ceux qui y prennent plaisir et qui s’enrichissent vraiment, poursuit-il, des gars plus vieux qui ont leurs entrées dans le showbiz, par exemple. Ces gars-là bossent avec des poids lourds. Je n’en dirai pas plus mais, comparé à eux, moi je suis un petit joueur. Ça me paye juste ma conso perso, mes vacances, des beaux restos et quelques bonus. Un scooter par-ci, un écran plat par-là, rien de fou"

Celui qui a grandi dans les beaux quartiers de l’ouest parisien, fréquenté des écoles privées et passé ses vacances d’été à surfer au Pays Basque explique comment il en est arrivé là. "Les gens croient souvent que nos parents nous font livrer des valises de billets à chaque fin de mois, mais c’est faux. Les miens me payent mon studio, me filent un peu d’argent de poche, et ça s’arrête là. Pour le reste, il était décidé que je trouve un petit boulot en parallèle à mes cours"

Mais voilà, Nicolas n’a jamais envoyé un seul CV. Consommateur de cocaïne et de MDMA (ecstasy) depuis le lycée, il explique en être venu à "dépanner" naturellement. D’abord ses "potes", puis les potes de ses potes, et ainsi de suite. À force d’écumer les soirées étudiantes et les boîtes chics du VIIIe, le jeune homme a vite identifié le marché qui s’ouvrait à lui. "Les trois-quarts des jeunes qui sortent se shootent, au moins de temps en temps, affirme-t-il, sauf que, très souvent, ils ne savent pas où se fournir, alors qu’ils ont plein d’argent à dépenser. Donc, comme beaucoup d’autres, j’ai senti le bon créneau. Je suis devenu celui qui avait toujours ce que les autres cherchaient"

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Florian Anselme, trente-deux ans, est reporter dans un grand hebdomadaire pour lequel il couvre la vie des stars et les faits divers. Il a travaillé pour l’agence de presse Tony Comiti Productions et la chaîne M6. Depuis une dizaine d’années, il est également devenu l’un des spécialistes des nuits parisiennes, particulièrement dans le quartier des Champs-Élysées.

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