Connexion

A Malte, le meurtre de la blogueuse Caruana Galizia fait scandale

Une semaine après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait la corruption, la société maltaise est sous le choc. Une marche lui a rendu hommage dimanche à La Valette.

La journaliste maltaise Caruana Galizia a été tuée lundi 16 octobre par une bombe déposée sous sa voiture. Elle tenait un blog très populaire, Running Commentary, dans lequel elle dénonçait la corruption et s'en prenait régulièrement au chef du gouvernement, Joseph Muscat. Celle qu’on qualifiait parfois de "Wikileaks à elle toute seule" avait révélé certains des pans les plus sombres de la corruption maltaise. Elle était également sous le coup de 42 procès pour diffamation.

En 2016, dans le cadre des Panama Papers, Daphne Caruana Galizia avait révélé l’existence de sociétés offshore détenues par Keith Schembri, le chef de cabinet du Premier ministre, et par Konrad Mizzi, le ministre de l’Energie. En avril 2017, elle révélait l’existence d’un compte qu’elle attribuait à la femme de Muscat. Celui-ci était lié à une société-écran domiciliée au Panamá. L’accusation avait forcé le dirigeant du parti travailliste (centre gauche) à convoquer des législatives anticipées.

"Depuis quelques mois, Daphne Caruana Galizia avait commencé à publier des articles à charge contre le nouveau leader du Parti nationaliste (NP), Adrian Delia, l’accusant d’être mêlé à des réseaux de prostitution à l’étranger ainsi qu’à du blanchiment d’argent" a rétorqué le directeur de la communication du Premier ministre. Il y a quelques semaines, la journaliste avait déclaré recevoir des menaces, et a demandé une protection policière, sans succès.

Des milliers de Maltais sont descendus dans les rues de la capitale, La Valette, dimanche. Les organisateurs de cette manifestation transpartisane ont demandé à la présidente de l’archipel Marie-Louise Coleiro Preca les démissions du responsable de la police et du procureur général. "Les journalistes ne seront pas réduits au silence", "Nous n’avons pas peur" ou encore "Il y a des escrocs partout", pouvait-on lire sur des pancartes.

Le Premier ministre Joseph Muscat a annoncé qu’une récompense d’un million d'euros serait donnée pour toute information susceptible de conduire à la condamnation des assassins de la journaliste. "Il s’agit d’une affaire d’une importance extraordinaire qui requiert des mesures extraordinaires", a annoncé le gouvernement maltais dans un communiqué. Mais dans un état régulièrement accusée de dérive mafieuse, l’annonce ne convainc pas tout le monde.

Noter
0