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D’UN MAO À L’AUTRE

Ce que le petit-fils de Mao révèle de la Chine moderne

Maladroit, gaffeur, le général Mao Xinyu, petit-fils de Mao Tsé-Toung, est devenu la risée d’un pays dont l’attitude envers son plus célèbre chef est de plus en plus ambiguë.

Photo: capture d'écran vidéo

Le petit-fils de Mao Tsé-Toung ne prend décidément pas de pause. L'homme le plus moqué de la Chine, lors de la session parlementaire annuelle – qui s’est conclue dimanche 17 mars à Pékin – était, à certains égards, aussi le plus privilégié.

La risée du peuple chinois

Le seul petit-fils vivant du "Grand Timonier", le général Mao Xinyu, 43 ans, a une fois de plus été l’objet de blagues au sujet de son poids, de son intelligence semble-t-il quelque peu limitée et de sa carrière qui – il l’a lui-même admis – doit beaucoup à son nom. Sur Weibo, le "Twitter chinois", des milliers de personnes ont posté une photo du général, (plutôt enveloppé), dans son uniforme militaire mal ajusté, avec cette légende : "Ma mère m’a toujours dit qu’un uniforme militaire allait à tout le monde. Quand elle a vu cette photo, elle a finalement capitulé".

La présence de Mao comme délégué auprès de la Conférence Consultative du Peuple Chinois est une manne régulière pour les médias chinois : il y a quelques années, il était devenu si confus en essayant d'esquiver les journalistes qu'il avait perdu la trace de sa voiture…

Cette année, lors du congrès, il a une fois de plus fait les gros titres en appelant à plus de "droits démocratiques et de pouvoirs de contrôle" pour les Chinois, soumettant une proposition d’appliquer les idées stratégiques de Mao Tsé-Toung à la cyberguerre. "S’il vous plaît, prenez mes propositions au sérieux", a-t-il déclaré. "J’ai pris beaucoup de temps à les préparer".

Le grand bénéficiaire du système politique chinois

Pourtant, alors qu'il est la risée d’une grande partie de la population, il est aussi un bénéficiaire immense du système politique chinois. En fait, son ascension rapide incarne pour beaucoup les pires excès du népotisme au sein du Parti communiste où la plupart des haut-dirigeants – y compris le président Xi Jinping –, sont des "petits princes", les fils et les filles de la première génération de révolutionnaires communistes.

En 2010, sans aucune distinction évidente, Mao a été promu général, le plus jeune de l’Armée populaire de libération. Il travaille actuellement comme chef adjoint de la Théorie de la guerre, à l'Académie des sciences militaire de l’Armée populaire de libération, où il étudie la "pensée de Mao Tsé-Toung". On lui a donné plusieurs diplômes d'universités prestigieuses, et ce en dépit d'"un trouble de l'apprentissage", selon le Financial Times.

"Les gens transfèrent leur amour pour Mao Tsé-Toung sur ma personne"

Dans une interview accordée, après sa promotion, au portail web chinois Netease, Mao a admis que son nom était "certainement un facteur" de sa rapide ascension. "Tous les gens prennent leur amour et leur respect pour Mao Tsé-Toung et les transfèrent sur ma personne", affirmait-il.

En effet, alors que le Parti communiste s’est radicalement écarté de ses idées, Mao Tsé-Toung semble encore important dans l'idéologie du parti, et la faction "gauchiste" – qui comprend Bo Xilai, désormais exclu du Comité central du PCC –  demeure attaché à de nombreux enseignements socialistes de Mao. À ce jour, l’immense portrait de Mao trône toujours sur la place Tiananmen et, selon le verdict officiel, ce dernier avait "raison à 70%, et tort à 30%".

L’ombre de Mao Tsé-Toung continue pourtant de hanter la Chine

Cependant, les gens n'ont pas non plus oublié l'héritage de la dictature de Mao, à l’origine du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle qui, ensemble, ont causé la mort de plus de 50 millions de personnes – soit beaucoup plus que le nombre de Chinois tués par une puissance étrangère – et plongé le pays dans une frénésie de violence qui continue de le hanter encore aujourd’hui.

Même Mao Xinyu s’est parfois montré ambigu au sujet de l’héritage de son grand-père. Une remarque qu'il a faite cette semaine semblait critiquer le culte de la personnalité persistant de Mao Tsé-Toung. Le Telegraph le cite disant que Mao avait été "mis sur un autel" et que c'est seulement en "remettant [Mao et d'autres dirigeants] à leur place" que le public voudrait à nouveau apprendre d'eux.

Mao Xinyu, comique malgré lui

Pas étonnant alors que les gens prennent autant de plaisir à "descendre" Mao Xinyu. Et le fait qu'il ait un talent pour la comédie involontaire ne fait que les aider.

En 2011, alors qu'il était invité à réciter un poème de Mao Tsé-Toung pour un talk-show télévisé, le général Xinyu le proclame avec enthousiasme avant de… se curer le nez.

Et alors qu’il raconte qu’il est un passionné de calligraphie, des gens ont trouvé des échantillons de ses écrits qui ont circulé en ligne. C’était, selon les observateurs chinois, ridiculement bâclé et enfantin"Si le président Mao avait vu ces lettres, il se serait évanoui de rage", écrit un internaute.

D’autres ont simplement critiqué ses allocutions publiques, se demandant comment quelqu’un pouvait assister à ses cours à l’université de Guangzhou. "Dieu merci je n’ai aucun proche qui étudie à l’université de Guangzhou, ou bien il aurait dû quitter l’école", écrit un internaute. "Le général Mao Xinyu vous apprend à parler continuellement devant la classe sans dire autre chose que des non-sens", écrit encore un autre.

"Cela ne me dérangerait pas d’envoyer mes enfants à l’étranger"

Pourtant, Mao Xinyu, malgré toutes ses faiblesses, est bien sûr différent de son puissant - et farouchement indépendant - grand-père. Contrairement à Mao Tsé-Toung, Mao Xinyu a une attitude plus ouverte sur le monde extérieur. Quant à savoir s'il serait prêt à ce que ses enfants étudient en Occident – comme le font de nombreux enfants de l'élite chinoise – il dit "oui".

"S'ils étudient bien, cela ne me dérangerait pas de les envoyer à l'étranger", a-t-il dit. "Mais ils devront dépendre d'eux-mêmes. Pas de privilège".

GlobalPost / Adaptation : Anaïs Lefébure pour JOL Press

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