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RÉVOLUTION DE VELOURS...

Crise politique en Italie: Matteo Renzi met Enrico Letta K.O.

Jeudi 13 février, peu après 18 heures, Enrico Letta, Premier ministre italien, a annoncé qu'il allait remettre sa démission au président de la république Giorgio Napolitano. Le très centriste chef de gouvernement n'aura pas résisté longtemps à son ambitieux - et très jeune -concurrent de centre-gauche, le maire de Florence Matteo Renzi.

Matteo renzi (crédit: Matteo Renzi on Instagram)

On savait Matteo Renzi pressé, on le savait doué... mais peut-être pas doué à ce point et pas aussi pressé.

C'est lors des primaires à gauche de l'automne 2012, qui l'avaient vu - à la surprise générale - concurrencer Pier Luigi bersani, chef de file du partito Democratico, que le jeune maire de Florence, Matteo Renzi, 39 ans, avait accédé à une notoriété nationale et internationale. Après les élections de février 2013 et le mauvais score du chef de file de toute la gauche, Matteo Renzi avait dû consentir à voir son adversaire, plus centriste, plus démocrate-chrétien et presqu'aussi jeune que lui - 47 ans - Enrico Letta, accéder à la direction du gouvernement. mais, sans attendre, il avait ravi à Pier Luigi Bersani la direction du Partito Democratico et de tout le centre-gauche, instaurant de fait un rapport de force, uen cohabitation avec Enrico Letta - plus à droite et soutenu par les anciens berlusconistes rallié au gouvernement de large union.

La rivalité des deux (presque) quadragénaires ne faisait aucun doute et elle promettait déjà de modeler la vie politique italienne pour les années à venir. Les observateurs les observaient se donner mais estimaient, dans leur majorité, que Matteo Renzi patienterait quelque peu avant de passer à l'attaque. Les mêmes estimaient aussi qu'Enrico Letta disposait d'atouts considérables pour durer et maitriser la fouge de son cadet...

Un scénario inédit

L'italie a fait, au cours des 70 dernières années, des crises politiques interminables une spécialité nationale. C'est en cela que le scénario du jeudi 13 février est absolument inédit. 

Pas de défaite électorale, pas de vote de défiance au Parlement... C'est lors d'une réunion d'urgence de la direction du parti démocrate que Matteo Renzi a de facto limogé son partenaire-adversaire en lui retirant sa confiance au motif qu'il estime nécessaire d'accélérer le rythme des réformes - et de les conduire lui-même. Peu après, Enrico Letta prenait acte de la situation et annonçait son intention de démissionner. 

Un nouveau gouvernement avec quelle majorité ?

Vendredi 14 février, le président Giorgio Napolitano devrait charger le florentin Matteo Renzi de constituer une nouvelle équipe gouvernementale.

Reste encore à savoir avec quelle majorité ? Si, jusque-là, l'Italie vit sa crise politique la plus courte de son histoire récente, celle-ci pourrait se poursuivre sous d'autres formes.

Matteo Renzi disposerait de l'appui de l'ancien président du Conseil et président de la Commission européenne, Romano Prodi. Il n'est pas certain que cela puisse suffire à lui fournir la majorité indispensable à la formation d'un gouvernement stable. Dans ce cas, les Italiens pourraient retourner aux urnes pour des élections - de nouveau - anticipées qui tourneraient la page du scrutin de 2013, marqué alors par une poussée - aussi épidermique que courte - des populistes du comique Beppe Grillo.

Portrait de Matteo Renzi publié lors des primaires à gauche de l'automne 2012

"La valeur n’attend pas le nombre des années"

Le parcours de Matteo Renzi est celui d’un jeune homme pressé. Né le 11 janvier 1975, il n’a que 21 ans et est encore étudiant en droit à l’université de Florence lorsqu’il s’engage en politique en participant à la création des comités de soutien locaux à Romano Prodi, alors candidat à la présidence du Conseil.

En 1999, il obtient son doctorat et est élu secrétaire provincial du PPI – Partito Populare Italiano -, formation de centre-gauche héritière de la Démocratie chrétienne. Son ascension à l’échelle provinciale est continue. Deux ans plus tard, il coordonne le projet électoral du centre-gauche chrétien, La Margherita, dans la province de Florence, puis prend la tête de la fédération locale de Démocratie et liberté, le parti issu de cette coalition.

12 et 13 juin 2004. Baptême du feu électoral et première victoire. À la tête de la liste de l’alliance de centre-gauche, L’Olivier, il est élu avec 58,8% des suffrages à la présidence de la province de Florence. Il a 29 ans et passera les cinq années suivantes à ce poste.

En 2009, adhérent du Parti démocrate, né de la fusion de Démocratie et Liberté (DL) et des Démocrates de gauche (DS), il décide de se présenter aux primaires de la gauche pour l’élection du maire de Florence. Déjouant les pronostics, il remporte l’investiture puis les élections municipales. Le voilà à la tête de Florence, joli symbole pour un aspirant politique.

Une question d’image

L’annonce de sa candidature aux primaires de la gauche italienne le 13 septembre dernier a pris de court la classe politique italienne. Si son talent est reconnu – et attendu -, il n’était pas attendu à ce niveau, dans la "cour des grands", aussi tôt.

Il joue avec précision de sa jeunesse et il n’a d’ailleurs sans doute pas le choix car il lui serait bien difficile de parvenir à cacher son âge. Son visage est celui d’un petit baigneur aux joues potelées où l’on cherche encore les dernières traces d’acné. Il a le regard brillant et déborde d’énergie.

Son look est particulièrement étudié. Sobre et moderne, il porte des pantalons en toile, des chemises blanches dont il remonte les manches et des cravates unies. Ses gestes et ses poses trahissent tout autant la différence d’âge qu’il affiche par rapport à ses adversaires.

Comme il l’a fait remarquer lui-même, Silvio Berlusconi, à 76 ans, n’a que six ans de moins que sa grand-mère… et il a d’ailleurs invité il cavaliere et tous les responsables politiques de cette génération à prendre leur retraite de suite. Cela lui a valu son surnom, il Rottamatore - de rottamare, mettre à la casse…

Florentin par excellence

Que le maire de Florence soit florentin, cela semble aller de soi, mais Matteo Renzi sait se montrer particulièrement machiavélique. Comme Tony Blair, il y a quinze ans, il a fait de sa jeunesse, son atout, son programme. Comme Ségolène Royal, en 2007, il joue l’opinion – de droite comme de gauche – plutôt que les militants encartés des partis politiques.

Son positionnement authentiquement réformiste le place d’ailleurs en porte-à-faux par rapport à certains dogmes du centre-gauche italien. Avant d’être de gauche, il est centriste – comme son parcours politique le montre. Ironie de l’histoire : s’il aspire à prendre la tête des héritiers du Parti communiste italien, sa filiation première est celle de la démocratie chrétienne. Pour autant, s’il reste un fervent catholique, ses valeurs sont authentiquement de gauche, notamment sur les questions sociétales : parité hommes-femmes, une union civile pour les couples de même sexe, vote des étrangers aux élections locales. Son programme économique s’inscrirait dans la lignée de Mario Monti, sans remettre en cause la rigueur. Un réformisme pragmatique.

Changer l'Italie maintenant

Après le premier tour des primaires, Matteo Renzi n’a que moins de cinq points de retard sur Pier Luigi Bersani, l’ancien ministre des Finances et l’actuel secrétaire général du Parti démocrate, 61 ans.

Celui-ci a éprouvé les plus grandes difficultés à appréhender le phénomène Matteo Renzi. Attaquer le jeune prodige sur son âge, son centrisme, sa supposée bigoterie, ses origines bourgeoises, rien ne marche. Plus il est attaqué, plus le chouchou des médias, avides de nouvelles figures, monte.

L’ignorer était encore possible avant le premier tour. Durant la semaine à venir, ce sera difficile et Matteo Renzi pourrait, une fois de plus, créer la surprise. Défaite est un mot qu’il a semble-t-il rayé de son vocabulaire et l’Italie pourrait sans attendre succomber à son charme… poupin.

Il est pressé. Son slogan - dont on croit savoir où il a trouvé l'inspiration - l'atteste : Cambiamo l'Italia adesso ou Changeons l'Italie maintenant. Mais il sait aussi comme on peut lire derrière lui durant ses meetings que Il meglio deve ancora venire. Le meilleur reste à venir... 

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