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Migrants : Matteo Renzi hausse le ton face aux autres Etats Membres

La crise des migrants africains, qui fuient la misère et la guerre en traversant la Méditerranée au péril de leur vie, s’envenime en Europe. Exaspéré par la réticence de ses partenaires européens à accueillir une partie des migrants qui ont débarqué au sud de l’Italie, Matteo Renzi a menacé dimanche de mettre en place un "plan B" qui ferait "mal à l'Europe."

L'Italie se débat pour accueillir des vagues successives de migrants et la tension est montée d'un cran avec ses voisins européens au cours des derniers jours lorsque les migrants ont été refoulés aux frontières avec la France et l'Autriche. Une très grande partie des migrants africains qui tentent de gagner les côtes européennes passent par la Libye, où opèrent des filières de trafic de clandestins La crise "ne doit pas être sous-estimée. C'est un problème sérieux et, que ce soit bien clair, les réponses de l'Europe n'ont pas jusqu'à maintenant été suffisamment bonnes", a déclaré Matteo Renzi dans un entretien au Corriere della Sera. "Si l’Europe choisit la solidarité, c’est bien. Si elle ne le fait pas, nous avons un plan B tout prêt. Mais qui frapperait surtout l’Europe en premier." On peut supposer que cela consisterait tout simplement à laisser les migrants débarquant en Italie repartir où ils veulent dans l’espace Schengen.

La déclaration visiblement destinée à faire pression sur la réunion des 28 Etats membres mardi à Luxembourg, qui doit réagir à la proposition de Bruxelles d’activer un mécanisme d’urgence. Depuis janvier, 100.000 migrants sont arrivés en Europe par mer, dont 54.000 en Italie et 48.000 en Grèce. Paris s’est défendu d’avoir suspendu le traité de libre circulation de Schengen et renvoie la balle à l’Italie. Si le gouvernement Renzi veut la solidarité de ses partenaires européens, il doit d’abord faire son boulot, a expliqué en substance Bernard Cazeneuve : "Il faut que les migrants soient enregistrés, que leurs empreintes digitales soient prises." Le ministre de l’Intérieur français a ajouté que, dans cette optique, "il faut que l’Italie accepte que l’Union européenne mette en place [sur place, ndlr] des centres d’accueil où l’on distingue les migrants économiques irréguliers des demandeurs d’asile." D’apparence simple, cette exigence est difficile à mettre en œuvre.

La Commission européenne a donc proposé aux Etats d’activer un mécanisme d’urgence pour répartir de manière obligatoire 40.000 personnes en demande de protection internationale, surtout des Syriens et des Erythréens. Elle a proposé une clef de répartition pondérée en fonction du nombre d’habitants (40 %), du PIB (40 %), du chômage (10 %) et des efforts passés (10 %) pour les signataires de la Convention de Dublin - ce qui exclut de fait la Grande-Bretagne, le Danemark et l’Irlande. Ils sont cependant "invités à participer au programme", sans grande illusion. Ailleurs, cette proposition a connu un accueil glacial, surtout dans les anciens pays de l’Est et les Baltes ne veulent pas entendre parler de répartition "obligatoire." La France et l’Allemagne soutiennent officiellement le projet, mais y ajoutent des conditions suspensives léonines. L'Autriche a pour sa part annoncé samedi qu'elle cessait d'examiner les demandes d'asile afin d'inciter les autres pays membres de l'Union européenne à faire plus d'efforts pour accueillir les vagues de réfugiés qui accèdent à l'Europe.

La Convention de Dublin prévoit que les demandeurs d'asile déposent leur demande dans le pays d'entrée en Europe. L'Italie estime cette règle injuste puisqu'elle laisse Rome se débrouiller seule avec les milliers de migrants qui envahissent ses côtes. La Grèce se plaint depuis longtemps elle aussi d'être abandonnée face au même problème. Les accords de Schengen prévoient que les migrants arrivant en Italie peuvent habituellement facilement traverser les pays voisins ( France, Autriche, Suisse et Slovénie) pour se rendre en Grande-Bretagne, en Allemagne et dans les pays scandinaves. Mais les contrôles aux frontières ont temporairement été rétablis en raison d'un récent sommet du G7 en Allemagne. Ils ont provoqué les protestations de migrants samedi à la frontière avec la France lorsque la police a refoulé plus de 200 candidats à l'immigration en Europe du Nord.

Interrogé vendredi sur France Culture, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dénoncé l’"hypocrisie invraisemblable" de certains Etats, en soulignant qu’il n’est pas pensable de pleurer le soir devant les écrans de télévision sur les naufrages de migrants pour refuser le lendemain toute tentative de solution sous prétexte que chacun doit rester maître de sa politique d’immigration. Renzi a rappelé que le chaos qui règne actuellement en Libye relève de "la responsabilité de l'Europe compte tenu de l'intervention (militaire) lancée il y a quatre ans" par l'OTAN pour aider les rebelles à renverser Mouammar Kadhafi. Une autre option sur la table concernerait les navires étrangers qui récupèrent des migrants dans les eaux internationales. Le gouvernement Renzi étudierait la possibilité de leur interdire d’accoster dans les ports italiens.

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