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APRÈS SA TENTATIVE DE MEURTRE

La jeune féministe pakistanaise reçoit une lettre d'un responsable taliban

La jeune militante pakistanaise pour l'éducation des filles, Malala Yousufzai, a reçu une lettre d'un haut responsable talibans. Ce dernier se dit « offusqué » de l'attaque dont elle a été victime en octobre dernier et regrette cet événement. Puis il lui pose une question : la réaction internationale aurait-elle été la même à son égard si elle n'avait été qu'une simple victime d'un drone américain ?

Malala Yusufzai. Photo : capture d'écran vidéo

La jeune militante pakistanaise, qui avait été victime d’une attaque des talibans en octobre dernier, a reçu une lettre d’un commandant taliban visant à expliquer ce qui a poussé les militants islamistes à s’en prendre à la jeune fille.

"Je souhaiterais que cette attaque ne se soit jamais produite"

La lettre aurait été écrite il y a quelques jours par le commandant Adnan Rashid, un haut responsable du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Ce dernier, dans cette lettre manuscrite de trois pages, implore Malala Yousafzaï de "rentrer au Pakistan" et "d’étudier à l’école coranique".

Le haut responsable du mouvement taliban affirme également avoir été "offusqué" de l’attaque qui a visé la jeune fille le 9 octobre dernier. "Je souhaiterais que cette attaque ne se soit jamais produite", explique-t-il.

Puis, dans une deuxième partie, Adnan Rashid tente non pas de justifier mais d’expliquer en partie le geste des talibans. "Les talibans ne t’ont jamais attaquée parce que tu allais à l’école et aimais l’éducation […] Les talibans estiment que tu écrivais délibérément contre eux et tentais de déjouer leur effort pour établir un système islamique à Swat", explique-t-il, faisant référence au blog que tenait la jeune fille sur le site de la BBC et sur lequel elle dénonçait la répression des talibans dans la région.

Le commandant condamne le "deux poids deux mesures"

Adnan Rashid condamne ensuite la "satanée" éducation "séculière" qui leur a été imposée par les "Anglais" qualifiés "d’esclaves des juifs".

"Je te pose la question suivante, et sois honnête dans ta réponse, si tu avais été la cible d’une attaque d’un drone américain, est-ce que le monde entier se serait soucié de ton état de santé ? Aurais-tu été nommée la ‘fille de la nation’ ? Est qu’il y aurait eu cet engouement médiatique", demande alors le commandant à la jeune fille qui, depuis les événements qui l’ont poussée à quitter le Pakistan, a été accueillie comme une ambassadrice de la condition féminine et véritable héroïne de la lutte contre l’islamisme radical dans son pays.

"Je te conseille de rentrer à la maison, d’épouser la culture islamique et pachtoune, d'intégrer une école coranique pour femmes dans ta ville, d’étudier et de te pencher sur le livre d’Allah", conclut finalement Adnan Rashid.

Un combat pour l’éducation dans la vallée de Swat

La jeune Malala Yousufzai, 14 ans, a reçu une balle dans la tête mardi 9 octobre alors qu’elle quittait son école, au nord-ouest de la vallée de Swat.

Le tir a traversé son crâne mais, par chance, son cerveau n’a pas été touché.

Immédiatement admise à l’hôpital Saidu Sharif à Mignora, la capitale de la région, elle a ensuite été transférée au Royaume-Uni.

Les talibans pakistanais ont revendiqué cette tentative d’assassinat.

Le seul tort de Malala est d’avoir mené une campagne en faveur de l’éducation des filles. Elle a été félicitée pour son travail de documentation sur l’oppression des talibans dans la vallée de Swat.

La féministe en herbe a reçu le Trophée national de la paix et a également été nominée pour le Prix de la paix pour les enfants.

Malala, sous le pseudonyme de Gul Makai, a écrit un journal pour l’antenne indienne de la BBC. Elle y raconte la pression constante des fondamentalistes musulmans dans la région de Swat.

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