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SCANDALES SEXUELS

Pédophilie: «Le Vatican est bien décidé à sévir»

Entretien avec Bernard Lecomte, journaliste et écrivain, spécialiste du Vatican. Il est notamment l'auteur de « Les derniers secrets du Vatican » (Perrin, 2012) et « Les papes qui ont changé l'histoire » (Gründ, 2014).

Le Vatican a annoncé, mardi 23 septembre, l'ouverture d'une procédure pénale pour pédophilie contre son ancien nonce apostolique (ambassadeur) en République dominicaine, le Polonais Jozef Wesolowski.



Le pape François a ordonné l'arrestation de Jozef Wesolowski (Photo: Shutterstock.com)

JOL Press : Le pape François a autorisé le placement en résidence surveillée de Jozef Wesolowski, un ex-archevêque accusé de pédophilie. En quoi cette décision est-elle historique ? 
 

Bernard Lecomte : Le cas de cet ancien archevêque est historique car il est emblématique de la nouvelle politique du Vatican en matière de lutte contre la pédophilie. On le sait, pendant de nombreuses années, le Saint-Siège a eu une attitude ambiguë vis-à-vis de ce problème qu'il souhaitait régler en interne. Aujourd'hui, grâce à Benoît XVI, la transparence est de mise.

Rappelé à Rome, l'ex-nonce apostolique (ambassadeur) Jozef Wesolowski a été condamné par la Congrégation pour la doctrine de la foi, en juin, à la réduction à l'état laïc (radiation du clergé), à savoir la peine maximale prévue par le droit canon. Il a perdu sa protection diplomatique et a été arrêté par la gendarmerie vaticane. En outre, le Vatican a autorisé l'ouverture d'une enquête préliminaire qui pourrait aboutir au premier procès pour pédophilie dans la cité-Etat. 

JOL Press : Avec l'arrestation et le placement en résidence surveillée de Jozef Wesolowski, le pape François signe-t-il la fin de l'omertà dans les cas de pédophilie ? 
 

Bernard Lecomte : C'est Benoît XVI (en fonction d'avril 2005 à février 2013, ndlr) qui a signé la fin de l'omertà. Son successeur lui a emboîté le pas de façon tout aussi radicale. Face aux crimes pédophiles, le pape François entend appliquer la tolérance zéro préconisée par Benoît XVI.

Avant de devenir pape, le cardinal Joseph Ratzinger a présidé la Congrégation pour la doctrine de la foi de 1981 à 2005. Il a été choqué de la façon dont les dossiers de pédophilie étaient traités : les scandales étaient étouffés, la loi du silence prévalait. Joseph Ratzinger a obtenu de Jean-Paul II que ce ne soit plus les évêques mais la Congrégation qui gère ces affaires. Avec Benoît XVI, les mots d'ordre sont devenus "transparence et centralisation". Le grand tournant s'est opéré en 2010, lorsque le scandale des prêtres pédophiles a éclaté en Irlande : 400 prêtres ont alors été défroqués. 

JOL Press : Les cas de pédophilie au sein de l'Eglise catholique sont nombreux. La punition exemplaire de Jozef Wesolowski est-elle un coup de com' ? 
 

Bernard Lecomte : Non. Selon moi, il est un peu trop facile de parler d'un simple coup de com'. La grande majorité des cas de pédophilie que l'on évoque depuis 2010 remontent aux années 1980 / 90. Etant donné qu'il s'agit de vieux dossiers, ces affaires sont très difficiles à juger.

Le cas de Jozef Wesolowski est différent : l'ex-archevêque a été dénoncé par les médias dominicains pour avoir eu des relations tarifées avec des mineurs à Saint-Domingue. Il a pour ainsi dire été pris sur le fait. C'est la raison pour laquelle le pape n'a pas hésité à ordonner son arrestation. Le Vatican a tiré les leçons du passé, il veut être irréprochable ; le Saint-Siège est bien décidé à sévir.

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