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DISCOURS DE LA HAYE SUR LE ROYAUME-UNI EN EUROPE

P. Fassoulas: «David Cameron doit s'extraire de la propagande anti-UE»

Vendredi 18 janvier, le Premier ministre britannique David Cameron sera à La Haye aux Pays-Bas. Il doit y prononcer un discours très attendu sur l'Europe et la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Dans ce contexte, JOL Press a tenu à interroger des acteurs du débat européen sur la scène politique britannique. Petros Fassoulas dirige le Mouvement européen UK. Il est un farouche partisan de l'intégration européenne et la pleine appartenance de son pays aux institutions de l'Union. Entretien.

JOL Press : Qu’attendez-vous du discours de David Cameron vendredi 18 janvier à La Haye ?

Petros Fassoulas : On a assisté à de nombreuses spéculations ces derniers jours. Au cœur du discours du Premier ministre, il devrait y avoir deux temps forts, deux déclarations fortes.

En premier lieu, David Cameron devrait réaffirmer que le Royaume-Uni entend demeurer membre de l’Union européenne mais que les Britanniques entendent établir – négocier – une relation différente avec l’Union européenne – et notamment « rapatrier », comme disent les eurosceptiques, renationaliser certains pouvoirs délégués jusque-là à Bruxelles.

En second lieu, il devrait promettre, une fois cette négociation achevée et la relation du Royaume-Uni remodelée, l’organisation d’un référendum.

JOL Press : Un discours sur l’Europe à La Haye. Cela rappelle un autre discours, celui de Margaret Thatcher à Bruges en 1988. David Cameron est-il dans la posture, dans la tactique politicienne, selon vous ?

Petros Fassoulas : La position de David Cameron est indéniablement très inconfortable.

D’une part, il doit, en toute urgence, apaiser la frange la plus eurosceptique du parti conservateur, son parti, séduite par les discours profondément anti-européens de partis nationalistes, comme UKIP, le parti de l’indépendance du Royaume-Uni qui prône une sortie pure et simple de l’Union européenne.

D’autre part, dans le même temps, il lui faut rassurer ses partenaires européens quant au fait que le Royaume-Uni restera membre à part entière de l’Union européenne, acteur primordial du projet européen, et pour cela il lui faut prendre une certaine distance avec ce discours eurosceptique, qui séduit parmi ses propres partisans.

Un temps, il a joué la carte des eurosceptiques – et cela s’est manifesté sur la scène européenne par des sorties, notamment lors de sommets européens, parfois incomprises – mais il n’a réussi qu’à les enflammer. Il doit admettre que, jusqu’au-boutistes, ils sont impossibles à satisfaire.

S’il s’entête dans cette direction, David Cameron est certain de perdre.

JOL Press : Ressentez-vous une accentuation du sentiment anti-UE, anti-européen dans l’opinion publique britannique ?

Petros Fassoulas : La rhétorique eurosceptique est au cœur du débat public au Royaume-Uni, c’est indéniable. Les partisans de l’intégration européenne ont été réduits au silence, de mon point de vue, par l’incessante propagande anti-européenne, anti-Bruxelles des tabloïds depuis 20 ou 30 ans.

Pourtant, au cours des derniers mois et des dernières semaines,  alors que le débat reprenait de plus belle, nous avons ressenti un certain frémissement pro-européen, un tassement du rejet de l’Union européenne.

En novembre, il y avait, d’après les sondages, 50% des Britanniques favorables à une sortie pure et simple de l’Union européenne. Sous l’effet de prises de positions de responsables politiques mais aussi de figures du monde des affaires en faveur de l’intégration européenne, ce chiffre est en diminution. Au début de la semaine, il n’y avait plus que 41% des Britanniques favorables à une sortie de l’UE et 36% contre. L’écart s’est considérablement réduit.

De mon point de vue, plus nous nous approcherons des élections européennes de 2014, puis des élections générales – probablement en 2015 -, plus l’écart se réduira car les pro-européens sauront davantage se faire entendre.

JOL Press : Pourquoi les pro-européens sont-ils aussi peu audibles au Royaume-Uni ?

Petros Fassoulas : Les tabloïds ont joué un rôle considérable dans le domaine. La commission d’enquête Leveson sur l’influence de cette presse sur l’opinion publique a démontré à quel point ceux-ci avaient orchestré le débat public, manipulé les esprits et réduit aux silences tous ceux qui défendaient des opinions divergentes des leurs – c’est le cas des pro-européens.

Ensuite, l’Europe n’a jamais été un sujet prioritaire pour l’électeur britannique – et donc pour les partis politiques. Par facilité, même les responsables politiques les plus conscients de l’apport de l’appartenance à l’Union européenne ont utilisé le spectre de Bruxelles pour justifier des décisions impopulaires. Un aller-retour à Bruxelles et une décision prise à Westminster se retrouve imputée à l’Union européenne.

JOL Press : N’y aurait-il pas eu aussi, en conséquence, un manque de pédagogie ? L’Europe et le projet européen, son apport, n’ont-ils pas été insuffisamment expliqués aux Britanniques ?

Petros Fassoulas : Très probablement. L’appartenance à l’Europe a été présentée comme une donnée, et rarement discutée – que ce soit en bien ou en mal. La propagande dont je parlais a visé à présenter l’Europe comme une puissance lointaine et étrangère, comme une force d’occupation presque – lors des sorties les plus excessives.

Il en ressort une sorte d’idéalisation du Marché commun comme si c’était tous les avantages sans le moindre inconvénient. Les Britanniques n’ont pas suffisamment compris que le Royaume-Uni, c’est l’Union européenne autant que n’importe quel autre État membre.

JOL Press : Êtes-vous partisan d’une renégociation des liens entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ?

Petros Fassoulas : Une fois encore, les adversaires de l’intégration européenne joue sur la confusion. Une renégociation unilatérale est impossible au regard des traités européens. Prétendre le contraire, c’est ignorer la manière dont l’Union européenne fonctionne.

Le Royaume-Uni devrait réaffirmer sa qualité de membre à part entière de l’Union européenne et sa détermination à réformer son mode de fonctionnement. Les traités prévoient à échéances régulières la révision des procédures et politiques existantes. C’est dans ce cadre-là que tous les États-membres peuvent, en accord, réformer l’Union.

L’autre option, celle qui consisterait à agiter la menace d’une sortie, à faire du chantage, à tirer avantage d’une situation de crise, ne saurait aboutir, ni dans l’intérêt de l’Europe ni dans l’intérêt du Royaume-Uni. Ceux qui prônent cette option ont une vision archaïque des relations internationales. En Europe, les conflits interétatiques ont cessé avec la Seconde Guerre mondiale.

JOL Press : On observe, de fait, que l’écart se creuse entre les États membres de la zone euro et ceux qui n’en sont pas. David Cameron pourrait-il s’appuyer sur une coalition de ces derniers pour faire évoluer le fonctionnement de l’Union européenne ?

Petros Fassoulas : Je ne crois pas.

D’abord, l’attitude du Premier ministre depuis son arrivée au 10 Downing Street il y a trois ans lui a valu de s’aliéner un certain nombre de ses alliés. De plus en plus, le Royaume-Uni est perçu comme un allié peu fiable. L’attitude des Polonais, longtemps des alliés objectifs qui, désormais, prennent leurs distances, est symptomatique.

Ensuite, la plupart des pays non-membres de la zone euro ont vocation à l’intégrer, à adopter l'euro. Ils y aspirent ou s’y sont engagés. La plupart de ces pays ont adhéré au pacte Europlus sur la gouvernance de l’Union et, plus récemment, huit de ces dix pays ont adopté le paquet fiscal.

JOL Press : Avec son discours, David Cameron ne risque-t-il pas de faire de l’Europe le principal thème de débat politique de ces prochaines années au Royaume-Uni, à l’approche des élections européennes de 2014 et des élections générales prévues normalement en 2015 ?

Petros Fassoulas : David Cameron va tout faire pour l’éviter. Jeune élu, il avait tenu un rôle essentiel dans la campagne législative de son prédécesseur à la tête du parti conservateur, Michael Howard, en 2005 et la défaite avait été cuisante malgré un Tony Blair usé par huit années à Downing Street et la guerre en Irak.

En annonçant la tenue d’un référendum, après les prochaines élections générales, il tentera, au contraire, de reporter le véritable débat sur l’Europe.

JOL Press : Lors de ce référendum, le Mouvement européen UK militera en faveur de l’Europe. Vous pensez pouvoir l’emporter ?

Petros Fassoulas : Oui, absolument, je pense que les Britanniques voteront pour le maintien dans l’Union européenne. Ils seront sensibles à l’argumentaire des pro-européens une fois que celui-ci pourra s’exprimer librement. Ensuite, nous conduisons de nombreuses actions au niveau local et vous seriez sans doute surpris de constater l’accueil positif qui nous est réservé.

Propos recueillis par Franck Guillory pour JOL Press  

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