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INTERVIEW DE CHARLES EGLY

«Prêt d’Union»: l'avenir du crédit collaboratif?

Face aux taux élevés des crédits à la consommation accordés par les banques traditionnelles, les fondateurs de «Prêt d’Union» ont décidé de lancer, en décembre 2011, le premier établissement de crédit « entre particuliers » en France. Depuis près de deux ans, cette société composée de 45 personnes a octroyé pour 45 millions d'euros de crédits. Charles Egly, président du Directoire, revient sur le concept de ce crédit collaboratif: un moyen d'emprunter et d'investir en « court-circuitant » les établissements bancaires classiques.

JOL Press : Comment est née l'idée du prêt collaboratif "Prêt d’Union"? 
 

Charles Egly : Je travaillais dans une banque française depuis sept ans dans laquelle j’avais mes comptes depuis une dizaine d'années. Au moment de payer mes impôts, j’ai voulu faire, pour la première fois, un crédit à la consommation, persuadé qu’en passant par ma banque je serai dans les conditions idéales. Au lieu de cela, je me suis retrouvé avec un crédit revolving [ndlr: un crédit renouvelable à un taux très élevé] à 14%. Ce taux élevé m’a donné l’idée de créer une plateforme qui permettrait aux gens de prêter de l'argent, et de l’autre côté d’avoir des ménages qui empruntent, et ce en court-circuitant la banque. Une alternative où les ménages pourrait emprunter à un taux oscillant entre 5 et 7% au lieu d’avoir des taux exorbitants de 14%. 

JOL Press : Quels sont les services proposés par Prêt d’Union ?
 

Charles Egly : C’est une plateforme internet, agréée par la banque de France, avec deux facettes. Le client qui veut emprunter peut faire une demande de crédit sur le site "Prêt d’Union" en précisant le montant et la maturité. Il lui faudra ensuite remplir un questionnaire pour savoir s'il est solvable.  Si c’est le cas, le potentiel emprunteur devra renvoyer son contrat et les justificatifs. S'il est accepté, il sera financé par des investisseurs-prêteurs qui auront fait, de leur côté, une demande d’investissement en ouvrant leur compte qu’ils approvisionnent. Celui qui investit souscrit un produit obligataire qui, tous les mois, lui donnera une partie des intérêts remboursés par les emprunteurs.

Une fois par semaine, nous réconcilions les demandes de crédits solvables et de l’autre côté les demandes d’investissements.  

JOL Press: Quels sont les avantages par rapport aux établissements bancaires classiques ?
 

Charles Egly : Les ménages peuvent emprunter à des taux moins élevés que ceux proposés dans les banques, et ne souscrivent qu’à des crédits amortissables. Nous sommes opposés au crédit revolving. Par exemple sur les crédits de petits montants - allant de 3000 à  5000 euros – nous proposons des taux deux fois moins chers. Pour les crédits dépassant 5000 euros, Prêt d’Union accorde des taux en moyenne inférieur de 1 à 1,5% par rapport à la moyenne du marché. Les investisseurs-prêteurs pourront quant à eux investir dans un produit d’épargne simple et compréhensible : chaque euro investi sert aux ménages français, ce qui permet de financer l’économie réelle française. Autre point important : c’est un produit qui rémunère les investisseurs entre 4,5%  et 5,5 % alors que le livret A est à 1,25%.  

JOL Press : Le prêt entre particuliers existe depuis plusieurs années en Angleterre ou aux Etats-Unis. Pourquoi a-t-il fallu attendre aujourd’hui pour que le prêt collaboratif émerge en France ?
 

Charles Egly : L’innovation arrive toujours avec un peu de retard en France par rapport aux pays anglo-saxons. En France, il faut également être agréé par la Banque de France. 

JOL Press: Peut-on imaginer que ce type de prêt collaboratif soit l’avenir de la banque ?
 

Charles Egly : Nous pensons que cela deviendra le principal moyen d’emprunter et d’épargner en France. Sur Internet, nous faisons les choses de manière de beaucoup simple et plus transparente, en lien plus direct avec le consommateur. Contrairement à une banque classique, qui lorsqu’elle fait un crédit, garde tous les intérêts payés par les emprunteurs, nous redistribuons ces intérêts à nos investisseurs. Nous essayons de trouver le taux juste pour nos deux clientèles, puisque les intérêts ne nous reviennent pas.

JOL Press : Comment vous rémunérez-vous ?
 

Charles Egly : Nous prélevons un frais de dossier de 1,5% en moyenne qui nous permet de couvrir notre structure de coûts comme les salaires, l’informatique, le marketing…etc.

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