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SORTIE DE «LE PSG, LE QATAR ET L’ARGENT»

A. Hermant: «Pour l’image du Qatar, le PSG vaut plus que le mondial 2022»

Été 2011. Une nouvelle tombe qui révolutionnera sans doute à jamais le football français. La famille princière du Qatar rachète le club du Paris Sain-Germain. Les objectifs : en faire le plus grand club au monde. Les moyens : illimités ou presque. Arnaud Hermant est journaliste au « Parisien », il suit le PSG depuis dix ans. De cette histoire qatarienne, il a fait un livre avec son confrère Gilles Verdez. Entretien.

JOL Press : Vous souvenez-vous de votre première réaction lorsque vous avez appris que des Qatariens allaient racheter le Paris Saint-Germain ?

Arnaud Hermant : J’ai su qu’il y avait une touche bien avant que celle-ci ne se confirme puis se concrétise. J’étais en bon terme avec des actionnaires à l’époque où le PSG était la possession de Colony Capital. À l’été 2010, de premières négociations ont eu lieu. Ma source m’avait alors dit que cela ne se ferait pas.

Je savais que Sébastien Bazin cherchait un partenaire car le club était étranglé financièrement. Or, à qui vendre à l’étranger ? À part des Russes, un riche Indien et des fortunes du Golfe, ils ne sont pas légions à pouvoir s’offrir un tel investissement.

Donc, lorsque cela s’est finalement fait en 2011, je n’ai pas été étonné.

Le PSG, c'était pas cher et ça rapportera gros

JOL Press : Si votre avis avait été sollicité, auriez-vous conseillé aux Qatariens le rachat du PSG ?

Arnaud Hermant : Oui, absolument. 66% des parts pour une somme comprise entre 30 et 40 millions, ce n’était pas très cher. Quand vous achetez le PSG, vous achetez Paris. En plus, il n’y a pas d’autre club à Paris, donc pas de concurrence.

Certes, vous n’achetez rien de concret car le Parc des Princes n’appartient pas au PSG et le Camp des Loges ne sera aux Qatariens qu’en 2016 aux termes d’un bail emphytéotique. Quant à la valeur des joueurs, elle peut être très fluctuante d’une saison à l’autre.

JOL Press : Quel rôle joue le Paris Saint-Germain dans la stratégie de rayonnement mise en œuvre par le Qatar ?

Arnaud Hermant : Un rôle central, indéniablement. Le PSG dispose d’un pouvoir d’accélération médiatique. Le PSG, c'est beaucoup plus important que la coupe du monde de 2022 au Qatar. D’un côté, une exposition durable et, de l’autre, un événement ponctuel – même s’il est le deuxième événement sportif le plus suivi. Le PSG, c’est un bond de communication exceptionnel, une campagne mondiale.

Je le vois personnellement au Camp des Loges, au Parc des Princes, où les médias du monde entier se déplacent. Et, dès le rachat, on s’est mis à plus parler du Qatar que du PSG lui-même. Comme disent les communicants : "Tant qu’on parle de moi, c’est bien".

Ce que fait le Qatar en France intéresse les politiques

JOL Press : Pour l’acquisition du PSG, lors de la négociation entre Colony Capital et le Qatar, y a-t-il eu une intervention du plus haut niveau de l’État ?

Arnaud Hermant : On a effectivement évoqué une implication de l’Élysée, de Nicolas Sarkozy. Cela relève, pour une large part, du mythe.

Sébastien Bazin a mis un an et demi pour négocier avec le Qatar. Avant que la négociation ne porte sur l’acquisition du club, celui-ci a fait avancer d’autres tractations concernant d’autres activités de Colony Capital, notamment en relation avec le groupe hôtelier Accor. Ensuite, côté foot, il a été souhaité que l’acquisition semble se faire en deux fois : 66% du club d’abord, puis les 33% restants. C’était un habillage à des fins médiatiques car tout avait été négocié en une fois.

Les politiques ne sont pas intervenus.

Il est certain que Nicolas Sarkozy a des relations étroites avec les deux parties de cette négociation. Il a sans doute vu d’un très bon œil l’arrivée de ses amis Al Thani au PSG et la perspective qu’il puisse transformer le club dont il est un supporter fidèle de longue date. Nicolas Sarkozy aime le foot.

Nicolas Sarkozy est aussi un proche de Sébastien Bazin. Leur proximité remonte à la prise d’otage de la maternelle de Neuilly, lorsque, en 1994, le futur président, jeune maire et ministre d’Edouard Balladur, avait négocié lui-même avec le preneur d’otage, Human Bomb. Parmi les otages, se trouvait un enfant de Sébastien Bazin. Ils sont restés proches et ce dernier a accompagné et soutenu l’ascension politique du premier.

Nicolas Sarkozy a sans doute été informé de l’avancée des négociations et la mention de son nom a peut-être permis, de temps à autre, à Sébastien Bazin de faire pression sur ses interlocuteurs et accélérer les discussions.

JOL Press : À l’Élysée version François Hollande, on s’intéresse aussi au PSG ?

Arnaud Hermant : Il n’y sans doute pas les mêmes liens. François Hollande a reçu le Premier ministre du Qatar plutôt que le prince ou son fils. Le positionnement est sans doute différent mais il est difficile à la présidence d’être indifférent à ce que font les Qatariens en France.

Et puis, en politique, aller au stade, montrer qu’on aime le foot, ce n’est pas une mauvaise chose…

Des titres, des titres, des titres...

JOL Press : Le Paris Saint-Germain se doit-il d'être rentable ?

Arnaud Hermant : Compte tenu des sommes investies, le PSG n’est pas prêt d’être rentable. Aujourd’hui, la masse salariale représente environ la moitié du budget de fonctionnement, c’est colossal.

Dans les quatre ou cinq prochaines années, le PSG ne pourra pas être rentable. Mais l’argent n’est pas un souci…

JOL Press : L’argent n’est pas un souci mais il y a ces nouvelles mesures dites du Fair-Play que souhaite instaurer le président de l’UEFA, Michel Platini, pour limiter les excès financiers des clubs…

Arnaud Hermant : Certes, Michel Platini a fait part d’intentions allant dans ce sens – faire en sorte que les clubs génèrent autant de revenus qu’ils en dépensent -, mais c’est plus compliqué à faire qu’à dire. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. L’UEFA profite de tout cet argent investi dans le football européen.

Le non-respect des règles de fair-play se traduirait d’abord par une série d’avertissements et, enfin, une exclusion des compétitions UEFA. Il y a fort à parier que l’UEFA visera un autre club avant de s’en prendre au PSG.

Et puis, devant la justice civile, ces dispositions pourraient ne pas tenir. Pourquoi accepter qu’une société lambda puisse être endettée et pas un club de football ? Ce n’est pas au point.

Mais si Michel Platini est déterminé et courageux, il s’en prendra d’abord au Real Madrid ou au FC Barcelone. Ce n’est pas gagné.

JOL Press : Le PSG version Qatar se doit-il de remporter des titres ?

Arnaud Hermant : Absolument, c’est une obligation car sans cela son image se ternirait. Pour faire de cette marque la principale marque du football mondial, il faut offrir du rêve. Et en sport, le rêve, c’est la victoire.

La victoire en France d’abord – avec le titre de Ligue 1 que les Parisiens auraient déjà dû remporter l’an dernier. Leurs résultats actuels, même s’ils sont en tête, sont de ce point de vue étonnants. Ils devraient écraser – au moins juste ce qu’il faut – le championnat.

Et puis, à terme, il leur faut conquérir l’Europe. Une défaite contre le FC Valence en huitièmes de finale ne serait pas du meilleur effet. Ils n’ont pas l’obligation de remporter la Ligue des Champions dès cette année, mais ils ne doivent pas perdre contre n’importe quelle équipe.

Paris version Qatar est magique 

JOL Press : Des noms circulent en permanence de joueurs qui pourraient venir étoffer davantage l’effectif du Paris Saint-Germain. Il manque quel joueur à l’équipe ?

Arnaud Hermant : Cela fait partie du buzz. Lorsque l’arrivée de certains joueurs était évoquée du temps de Colony, on savait que c’était du bluff. Désormais, nous savons que tout est possible.

Si Ronaldo quitte le Real Madrid, il pourrait tout à fait rejoindre Paris. Et puis, il manque aussi un grand milieu de terrain. Mais attention, une équipe ne peut, ne doit pas être composée exclusivement de stars. Il faut un savant équilibre entre les egos et les talents.

JOL Press : Serpent de mer dans l’histoire du club, un éventuel déménagement du parc des Princes… Le PSG sans le Parc, ce n’est plus le PSG ?

Arnaud Hermant : En France, on n’aime pas trop le changement et les supporters du PSG ne font pas exception. Mais le Parc est sublime, mais trop petit pour ce qu’ambitionnent les Qatariens.

Déménager dans un nouveau stade ou au Stade de France, ce ne serait pourtant pas forcément renier l’histoire du club. La Juventus l’a fait. Arsenal l’a fait…. Quand les Gunners ont quitté Highbury pour l’Emirates Stadium, que n’a-t-on pas entendu…

Si le PSG quitte le Parc des Princes et la porte de Saint-Cloud, certains crieront que le PSG est mort, que les Qatariens lui ont volé son âme. Il y aura même probablement des commentaires teintés de xénophobie…

Mais pour progresser, le club a besoin de meilleures infrastructures.

JOL Press : Quel effet a, d’ores et déjà, le PSG nouvelle version sur l’ensemble du foot français ?

Arnaud Hermant : Le Paris Saint-Germain, ce sont désormais les Harlem Globe Trotters. Les stades sont pleins pour les voir jouer et leur aventure suscite un véritable engouement.

Sur la durée, il ne faudrait pas qu’il écrase trop la Ligue 1, ce serait mauvais.

Le PSG doit sans doute aussi s’efforcer d’acheter un peu français pour faire partager les autres clubs de sa manne financière.

Mais un PSG fort, c’est des clubs français forts

Propos recueillis par Franck Guillory pour JOL Press

Informations pratiques

Le PSG, le Qatar et l'argent - L'enquête interdite

de Gilles Verdez et Arnaud Hermant

  • Broché: 256 pages
  • Editeur : EDITIONS DU MOMENT (24 janvier 2013)

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