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AFFAIRE DES « FAUX ESPIONNAGES »

Renault avait anticipé le suicide des trois cadres licenciés

La situation est très embarrassante pour Renault. Le constructeur automobile avait préparé, début 2011, des communiqués de presse en cas de suicide de l’un des cadres accusés à tort d’espionnage et en cours de licenciement.

Le constructeur automobile avait préparé, début 2011, des communiqués de presse en cas de suicide de l’un des cadres accusés à tort d’espionnage. Photo : Gonmi/Flickr cc.

C’est un rebondissement exceptionnel dans le film d'espionnage de Renault. Un échange de mails, au sein du service de communication de l’entreprise, a révélé que la direction avait préparé des communiqués de presse dans l'éventualité du suicide de l’un des trois cadres accusés à tort et sans preuve tangible d’espionnage au sein de la société, en janvier 2011.

Travailler sur des "léments de langage"

France Info et Le Parisien/Aujourd’hui en France publient, ce jeudi 11 octobre, des projets de communiqués de presse, saisis par les policiers de la Direction centrale du renseignement intérieur lors d'une perquisition. Ils proviennent de la boîte mail de Frédérique Le Grèves, ancienne directrice de la communication du constructeur, devenue depuis le 17 octobre dernier, la chef de cabinet du président du groupe, Carlos Ghosn.

Le lundi 10 janvier 2011, en plein scandale chez Renault après la révélation d'espionnage, une réunion de la direction se tient le soir pour mettre en place une communication de crise et travailler sur "les éléments de langage" à employer. Le lendemain, les trois cadres accusés d'espionnage sont convoqués pour un entretien préalable au licenciement.

C’est dans cette nuit du 10 au 11, que Frédérique Le Grèves a envoyé un mail à des attachés de presse de l’entreprise en vue de préparer des communiqués de presse au cas où les cadres, sur le point d’être licenciés, se suicideraient.

Extraits des communiqués

"Merci de demander à Emmanuelle de travailler sur une déclaration à utiliser en interne et externe au cas où l'un d'entre eux commettrait l'imparable [elle voulait certainement écrire "irréparable", NDLR]. Ça serait sur le thème, nous sommes abasourdis et nous avions pris les dispositions médico-psychologiques pour les trois individus" Or aucune démarche d'assistance médico-psychologique n’a été proposée aux salariés.

Deux exemplaires ont ainsi été préparés, l’un en cas de suicide et l’autre en cas de tentative de suicide. Dans les deux cas, le communiqué pré-rédigé affirme que "toute l’entreprise est profondément ébranlée par la gravité de ce geste". En cas de suicide effectif, le communiqué ajoute que le groupe "pense particulièrement à la famille de M. xxx".

"La directrice de la communication a fait son travail en envisageant toutes les hypothèses"

Frédérique Le Grèves, contactée par le Parisien a confirmé l’existence de ces documents. Elle affirme toutefois que "c’était de l’anticipation pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes". Le directeur de la communication externe de Renault, Stéphane Guilbaud, a reconnu de son côté : "On est une entreprise du CAC 40, on travaille sur toutes les possibilités, y compris les pires scénarios. Frédérique Le Grèves a fait son travail de directrice de la communication en envisageant toutes les hypothèses".

Un proche de la direction reconnaît que Renault a peut-être échappé à un autre scandale. "Rétrospectivement, ils ont eu une peur bleue, beaucoup de gens ont dû avoir du mal à dormir. C'est comme quand on repense à un accident de voiture auquel on a survécu".

"On touche au cynisme et à l'inhumanit"

Ce n’est qu’en mars que l’entreprise semble admettre, pour la première fois, que toute cette affaire pourrait se réduire à une opération de manipulation, ou de déstabilisation. Le 13 mars, un responsable de la sécurité de Renault, à l'origine des accusations d'espionnage, est mis en examen pour "escroquerie en bande organisée", et le 14, Renault présente ses excuses aux trois cadres licenciés. 

Si, en effet, le constructeur n’était à l’époque pas au courant de l’innocence des trois cadres, la politique de l’entreprise est très surprenante. "Ce ne sont pas des pratiques normales, ces gens deviennent indécents, on touche au cynisme et à l'inhumanit", analysait ce vendredi 12 octobre Harlem Désir, au micro de France Info"Il faut au contraire, faire de la prévention, les entourer, leur dire qu'on ne les abandonne pas... Ce n'est une logique d'agir de cette façon"

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