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IMMIGRATION & INTÉGRATION

Riace: ce village italien devenu terre d'hospitalité pour les réfugiés

A quelques centaines de kilomètres de Lampedusa, un village italien situé dans la région Calabre est devenu le symbole de l'hospitalité pour les réfugiés. Victime de l'exode rural, le village de Riace a été ressuscité en 1998, lorsque les habitants ont ouvert leurs portes à 250 Kurdes qui s'étaient échoués sur les côtes. Depuis quinze ans, les réfugiés érythréens, afghans, iraniens, ou encore palestiniens cohabitent avec les villageois et redonnent vie à ce bourg, un modèle d'intégration réussie.

Photo DR - Marcuscalabresus/Wikipédia

Situé à la pointe de la botte italienne, à trois cent mètres au-dessus de la mer, le village de Riace - jusque-là connu pour ses deux sculptures grecques datées du Ve siècle av. J.-C - fait parler de lui depuis une quinzaine d'années pour son modèle d'intégration réussie, dans un pays marqué par des politiques d'immigration strictes. 

Exode rural

Dans les années 70 et 80, ce village situé dans la région Calabre, victime de l'exode rural se vide peu à peu : les habitants se déplacent vers le nord du pays afin de trouver du travail, au point que le bourg ressemble de plus en plus à une ville fantôme. Les maisons se vident, les commerces mettent la clé sous la porte, et les classes ferment... Il ne reste plus qu’une centaine d’âmes sur les 2 500 qui peuplaient auparavant le village. Mais le 1er juillet 1998, 250 Kurdes échouent sur une plage voisine. Domenico Lucano, ancien professeur d’école, décide alors de fonder l’association Città Futura, en 1999, qui se charge de rénover les maisons en pierre vides afin d'abriter les réfugiés.

En 2004, il est élu maire de la ville et fait de l’intégration des réfugiés sa priorité. Il rouvre les écoles, et retape les maisons abandonnées pour accueillir les migrants sans papiers : des Kurdes, des Erythréens, mais aussi des Afghans, des Iraniens, des Palestiniens, ou encore des Somaliens, qui ont traversé clandestinement la mer pour fuir la misère et la guerre.

En échange, les migrants redonnent vie au village en acceptant de travailler dans l’artisanat pour gagner un salaire, et d'apprendre l'italien. Le modèle d'intégration fonctionne : l’activité économique locale reprend peu à peu, et la démographie est boostée par l’immigration. 

Finacement et subventions

Pour accueillir les demandeurs d'asile, des subventions gouvernementales et européennes sont accordées à la ville à raison de vingt euros par jour et par réfugié. Ce système sera cependant marqué par des dyfonctionnements et d'importants retards de subventions, poussant Domenico Lucano a entamer une grève de la faim  en 2012 pour débloquer la situation. Une sorte de monnaie locale à l'effigie du Che Guevara et de Gandhi est également mise en place dans le village, un système permettant aux commerçants d’être réglés directement par la mairie. S'ajoute au dispositif le développement du tourisme solidaire, avec la visite de groupes scolaires et de vacanciers, qui contribue au développement du village.

Un lieu de passage

Cependant, rares sont ceux qui s'éternisent à Riace. Terre d'accueil, la ville fait partie d'une région pauvre qui n'offre pas beaucoup de travail pour les réfugiés. Ils tentent donc leur chance dans les villes du nord de l'Italie, ou dans d'autres pays européens comme l'Allemagne, la France, ou encore le Royaume-Uni pour redémarrer une nouvelle vie. 

L'un des meilleurs maires du monde

Malgré les menaces de la mafia calabraise, qui l’accuse d’être le responsable de l'augmentation des populations africaines sur le territoire italien, le maire de gauche explique qu'il ne se laissera pas intimider. Réelu en 2009, Domenico Lucano est arrivé à la troisième place du classement des meilleurs maires du monde 2010 et s’est vu décerné la mention spéciale de "compassion et de courage".

Intérêt mutuel

En 2010, le cinéaste allemand Win Wenders a réalisé un documentaire en 3D, Il Volo, sur l’histoire de Riace : "J’ai vu un village capable de résoudre, grâce à l’accueil, autant le problème des réfugiés que son propre problème : celui de continuer à exister, de ne pas mourir à cause du dépeuplement et de l’immigration […] Cette histoire doit nous faire réfléchir sur les moyens de faire converger l’objectif d’accueillir des réfugiés avec celui du développement local", déclarait-il en 2009. 

Découvrez le documentaire Il Volo de Wim Wenders:

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