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PRINTEMPS ARABE (SUITE)

Des djihadistes maghrébins en Syrie: avant-goût de l'après-Assad

Deux ans après le début de la guerre civile en Syrie, la situation n’a jamais paru aussi bloquée. Forces de l’opposition et troupes fidèles au régime de Bachar al-Assad continuent de s’affronter et les civils restent pris entre leurs deux feux. Sans issue. Pourtant, un phénomène inquiète. Il n’est pas nouveau mais s’intensifierait…

Après l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, l’Afghanistan à nouveau, l’Irak, la Libye, le Sahel… la Syrie est désormais la destination favorite des djihadistes du monde entier, unis et décidés à poursuivre un combat qui ne saurait être que global.

La poursuite de la lutte

A la suite du Printemps arabe, des jeunes originaires des pays du Maghreb ont choisi à poursuivre le combat qu’ils avaient entamé en prenant les armes et en rejoignant les djihadistes en Syrie. Ils se sont associés – ont rejoint – les groupes d’opposition syriens qui cherchent à renverser le régime de Bachar al-Assad. Parmi ces groupes, il y aurait Jabhat al-Nusra, un groupe affilié à al-Qaïda. Parmi ces djihadistes, se seraient trouvés des Algériens, des Tunisiens, des Mauritaniens et un grand nombre de Libyens. Dans les derniers arrivants, on trouverait, en particulier, les combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) délogés du Sahel par l’intervention au Mali des forces françaises.

Faire tomber les régimes laïcs

Pour les djihadistes, les pays du monde se divisent en terre de kufr – les mécréants -, terre d’Islam et terre de djihad

Tout pays témoin d’une guerre contre le régime au pouvoir est un environnement favorable au djihad. Les mouvements islamistes s’efforcent de tirer profit des chaos armés qui secouent les pays au cours d’une révolution et, pour cela, ils unissent leurs objectifs et stratégies à ceux des mouvements révolutionnaires, y compris laïcs, avec l’objectif d’en profiter par la suite.

La démocratie n’est pas un objectif pour les djihadistes, mais ceux-ci ne révèlent leur intention qu’après la chute du régime en place.

La Syrie, maillon faible

La Syrie est désormais terre de djihad où il s’agit de détruire le régime laïc de la dynastie Assad pour le remplacer par un état islamique. Baptisé le Levant par les djihadistes, elle est même le pays où ils estiment avoir le plus de chance d’atteindre leurs objectifs – puis s’en servir comme base arrière pour poursuivre au-delà leur combat.

La même stratégie est en œuvre ailleurs dans les pays du Printemps arabe, en Libye, en Egypte, en Tunisie. Dans ces pays, les succès électoraux des islamistes n’atténuent en rien la menace djihadiste. Si les islamistes dits modérés semblent l’avoir emporté, s’ils donnent des gages à la société et aux partenaires internationaux en jouant le jeu de la démocratie – alliés parfois à des forces laïques, comme en Tunisie -, il n’en reste pas moins que des lignes dures n’ont pas abandonné leur objectif final : l’établissement d’Etats islamiques. Les événements de la semaine écoulée, depuis l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, en Tunisie en sont une parfaite illustration.

Mais nulle part, le niveau de chaos a atteint celui observé en Syrie.

Une stratégie révolutionnaire éprouvée

Les djihadistes n’ont rien inventé. L’histoire mondiale des révolutions démontrent qu’il est rare que les forces les plus radicales accèdent directement au pouvoir après le renversement de l’ancien régime.

La mère de toutes les révolutions modernes, la révolution française de 1789, n’avait-elle pas suivi cette même logique – de la chute de la monarchie absolue à l’échec de la monarchie constitutionnelle, de la Convention à la Terreur ? Idem pour sa petite sœur, la révolution russe de 1917 ou, plutôt, les révolutions russes de février et d’octobre qui ont vu les mencheviks d’abord puis les bolcheviks, les modérés puis les radicaux, succéder au tsarisme. Le même processus s'est reproduit en Iran en 1979. Les exemples sont nombreux.

S’il n’y a pas, semble-t-il, de statistiques précises sur la présence de Maghrébins en Syrie, il est certain que la présence de combattants étrangers aura des répercussions sur l’après-Assad – ainsi que sur les autres pays fragilisés de la région. En ce sens, on comprend bien que les révolutions du Printemps arabe ne sont pas encore arrivées à leur terme…

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