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APPEL À LA MOBILISATION

Deux ans de crise politique: la Tunisie dans l’impasse?

Le 23 octobre prochain, la Tunisie fêtera le deuxième anniversaire de l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC), créée pour résoudre la crise qui a secoué le pays pendant la révolution de 2011. Deux années marquées par l’instabilité politique, l’assassinat d’opposants et l’incapacité du gouvernement tunisien à établir un calendrier électoral viable. L’opposition, qui appelle à une grande manifestation, réclame « la nomination d’un gouvernement de compétence. »

Première séance de l'Assemblée nationale constituante le 22 novembre 2011, un mois après sa création © Tab59/Flickr/cc

Le Front de salut national, qui regroupe des partis allant de l’extrême gauche au centre droit de l’échiquier politique tunisien, a invité lundi dans un communiqué "tous les Tunisiens de toutes les régions du pays, et à Tunis en particulier, à une mobilisation de masse, le mercredi 23 octobre 2013"

L’opposition dénonce la lenteur des travaux

Cet appel à la manifestation vise à "exprimer le rejet de la crise qui sévit actuellement" et à "appeler à la mise en place rapide de l’initiative du Quartet [la feuille de route proposée par les syndicats UGTT, UTICA, l’Ordre des avocats et la Ligue des droits de l’homme] tout en insistant sur la démission immédiate du gouvernement et la nomination d’un gouvernement indépendant de compétence"

Dans ce même communiqué, l’opposition menace de quitter le "dialogue national" en signe de protestation contre "la lenteur des travaux, susceptible de contribuer à l’aggravation de la crise politique actuelle"

Le Front de salut exhorte ainsi le Quartet à "assumer ses responsabilités" dans la mise en place de la feuille de route et espère que celle-ci débutera le 19 octobre. Le Front de salut regrette en effet cette perte de temps "qui profite au gouvernement afin de continuer sa stratégie de nominations partisanes massives à des postes clés de l’administration"

Le blocage du dialogue national joue les prolongations

La feuille de route, signée par le parti islamique Ennahdha le 5 octobre, prévoyait notamment la mise en place, avant la fin du mois d’octobre, d’un nouveau gouvernement, d’une nouvelle Constitution, d’une loi électorale et d’un calendrier pour les prochaines élections législatives et présidentielles.

Un calendrier par la suite remis en cause par Ennahdha, qui a estimé que les débuts des "travaux" ne pourraient commencer qu’après le lancement d’un "dialogue national" sur la crise politique. Or, les séances préparatoires qui ont lieu pour le moment jouent les prolongations et aucune des parties ne semble s’accorder sur une date butoir pour débuter le dialogue.

Le 23 octobre, "jour du chagrin" ?

Le parti islamique a également critiqué la décision du Front de salut national de mobiliser les Tunisiens le 23 octobre prochain, estimant qu’ils veulent "que ce jour soit celui du chagrin et de la colère au lieu d’être un jour de joie […] marquant l’anniversaire des premières élections multipartites libres" de l’histoire tunisienne.

Dans un communiqué, Ennahdha a également appelé les leaders du Front de salut national à éviter d’exagérer les choses dans le but d’appeler à la mobilisation.

Le pouvoir perd en légitimité

Deux ans après la création de l’Assemblée nationale constituante (ANC), qui avait pour but de rédiger une nouvelle constitution, la Tunisie est en proie à une grave crise politique qui semble encore loin d’être résolue.

Ces derniers mois ont été particulièrement houleux au sein de l’Assemblée, suite à l’assassinat, en juillet dernier, du parlementaire de gauche Mohamed Brahmi. Une affaire qui a déstabilisé le chef du gouvernement tunisien, Ali Larayedh, accusé d’avoir caché des documents de la CIA qui mettaient en garde contre un possible meurtre de M. Brahmi.

Six mois plus tôt, l’opposant Chokri Belaïd avait également été tué, assassinat qui a provoqué l’une des plus graves crises qu’ait connues la Tunisie depuis la révolution de 2011 et le renversement de Ben Ali.

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