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SCANDALE

«Sheratongate»: la blogueuse Olfa Riahi défie le pouvoir tunisien

La blogueuse et journaliste tunisienne Olfa Riahi, qui a révélé « l’affaire Sheraton » au grand public en divulguant des informations sur le ministre des Affaires étrangères tunisien, est frappée par une interdiction de quitter le territoire. La blogueuse s'est dit satisfaite d’avoir atteint son objectif : « celui de l’ouverture d’une enquête judiciaire ».

Olfa Riahi invitée sur le plateau du talk show « Dima Lebess » sur la chaîne de télévision Ettounsiya, le 29 décembre dernier - Photo capture d'écran Labes EttounsiyaTV· sur You Tube

Des nuitées à l’hôtel Sheraton de Tunis aux frais du ministère

En seulement quelques jours, Olfa Riahi est devenue une personnalité incontournable en Tunisie. En s’appuyant sur des documents authentiques, la blogueuse et journaliste tunisienne a révélé l'« affaire Sheraton » au grand public. Elle a prouvé, en se basant sur des justificatifs et des notes d’hôtels, que Rafik Abdessalem, ministre des Affaires étrangères tunisien, avait séjourné à plusieurs reprises à l'hôtel Sheraton de Tunis aux frais du ministère « alors que son domicile personnel est proche de son lieu de travail », souligne la blogueuse. Mais ce n’est pas tout. Olfa Riahi a également publié la facture d’une invitée du ministre qui a résidé dans la chambre voisine : « un membre de la famille », explique le chef de la diplomatie sur Mosaïque FM.

Justification du ministre des Affaires étrangères

Rafik Ben Abdessalem s'est justifié tant bien que mal en mettant en avant les « raisons professionnelles ». Il s'est dit obligé « parfois de rester à une heure tardive au ministère » et se trouvait dans « l’obligation de passer la nuit dans cet hôtel, vu qu’il est proche de son lieu de travail ». Le ministre ne voit dans cette affaire qu’une occasion de « salir le gouvernement à travers [sa] personne dans le cadre d’une campagne de diffamation contre les symboles de l’État ».

Le service financier du ministère des Affaires étrangères a indiqué dans un communiqué que les dépenses du ministre dans un hôtel de la capitale aux dates indiquées étaient « conformes aux normes de gestion du budget du département ».

Nouvelles révélations

Invitée de l'émission Dima Lebess sur la chaîne de télévision Ettounsiya, le 29 décembre dernier, Olfa Riahi a fait de nouvelles révélations concernant le ministre des Affaires étrangères. Elle rapporte qu'un virement d’un million de dollars provenant du ministère chinois du Commerce a été adressé au ministère des Affaires étrangères. La journaliste rappelle qu’il est « illégal qu’un ministère reçoive de l’argent de gré à gré d’une partie étrangère, même officielle, et qu’il en dispose sans passer par le ministère des Finances par le biais de la Trésorerie générale » rapporte le blog tunisien Nawaat.

Les choses se sont accélérées mercredi 2 janvier lorsque le Collectif des 25, composé d’avocats, spécialistes dans les plaintes pour corruption, ont déposé une plainte contre Rafik Abdessalem, pour corruption et mauvaise gestion des deniers publics. Le Collectif des 25 met en avant  l’article 96 du Code pénal qui punit tout fonctionnaire bénéficiant d’avantages injustifiés grâce à sa position.

Le parquet a depuis ordonné une enquête pour vérifier l’authenticité des déclarations et des documents livrés par Olfa Riahi.

Olfa Riahi a l'interdiction de quitter le territoire

Accusée de « diffamation » et de « publication de fausses informations portant atteinte à la sécurité du pays », Olfa Riahi fait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire tunisien. « Je ne reculerai pas devant ce genre de pratiques, qui ne m'intimident point », a déclaré la blogueuse à l'Agence Tunis Afrique Presse (TAP), avant d’ajouter qu’elle restait « à la disposition de la justice tunisienne ». Au micro de la radio tunisienne Express Fm, Olfa Riahi s'est dit satisfaite d’avoir atteint son objectif : « celui de l’ouverture d’une enquête judiciaire ». « Je suis d’autant plus heureuse que cette affaire ne soit pas uniquement médiatisée comme certains le désiraient, mais portée devant la justice », a-t-elle indiqué. 

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