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EX-SATELLITES SOVIÉTIQUES

Pression militaire russe en Ukraine: la Géorgie n’a qu’à bien se tenir

Le grandiose feu d’artifice de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques finissait-il à peine de crépiter dans le stade Ficht à Sotchi que, déjà, des soldats russes se ré-attelaient à l’érection d’une clôture de barbelés à la frontière entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud. Les travaux auront été suspendus le temps des JO ; une fois les rideaux du grand show tombés, les caméras du monde entier remballées, Moscou reprend ses manœuvres à la frontière géorgienne. Quelles sont ces ambitions? La crise en Ukraine peut-elle avoir une incidence sur les relations russo-géorgiennes? Le point avec Kenneth Yalowitz, ambassadeur américain en Géorgie de 1998 à 2001.

En août 2008, Moscou s'était lancé dans une guerre de cinq jours contre la Géorgie pour soutenir deux provinces sécessionnistes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. Photo : Tomasz Kuran aka Meteor2017

 

JOL Press : Aux lendemains même de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Sotchi, les troupes russes ont repris l’instalation d’une clôture de barbelés à la frontière entre la Géorgie et la république séparatiste d’Ossétie du Sud. Quel signal envoie Moscou ?
 

Kenneth Yalowitz : La Russie fait comprendre qu’elle n’a nulle intention de changer sa position, que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud sont maintenant indépendantes de la Géorgie, et que seule l’acceptation de cette situation par Tbilissi pourrait permettre à la région d’aller de l’avant.

Cela signifie également que Moscou se soucie moins de l’opinion internationale une fois les Jeux Olympiques de Sotchi finis…

JOL Press : Quelle est la situation dans les régions occupées de Géorgie ?
 

Kenneth Yalowitz : La population y est est relativement peu nombreuse. La principale chose que leur offre la Russie est une protection face à la Géorgie. Mais aussi une assistance économique. Les Russes possèdent des bases militaires et des forces en présence sur les deux territoires.

Les habitants d’Ossétie du Sud aimeraient s’unir à l’Ossétie du Nord, qui appartient à la Russie ; l’Abkhazie, en revanche, semble préférer être indépendante et non totalement intégrée à la Russie.

Photo : openDemocracy / Flickr

JOL Press : Les négociations de Genève ont-elles permis des avancées ?
 

Kenneth Yalowitz : Pratiquement aucune. Les Russes réclament que la Géorgie reconnaisse l’indépendance des deux régions séparatistes, ce que la Géorgie refuse, arguant du fait que les Russes ont violé son intégrité territoriale.

Moscou et Tbilissi ont toutefois mené des négociations - séparées - sur d’autres sujets, qui ont conduit à des progrès, comme la réouverture du marché russe pour l’eau minérale et le vin géorgiens, et l’assouplissement des restrictions de voyage entre les deux pays.

JOL Press : Au moment où son influence est menacée en Ukraine, la Russie pourrait-elle être tentée d’adopter une ligne plus intransigeante vis-à-vis de la Géorgie ?
 

Kenneth Yalowitz : La politique russe sur la question géorgienne est une politique très dure depuis 2008. Mais, avec l’arrivée au pouvoir du Parti du Rêve Géorgien [coalition hétéroclite arrivée au pouvoir en 2012, composée de libéraux pro-occidentaux, de nationalistes xénophobes et d'anciens représentants de l'administration soviétique, ndlr], le niveau de la rhétorique belliqueuse a diminué.

Le Parti du Rêve Géorgien a en effet su, d’un côté, affirmer son souhait d’intégrer l’Otan [Organisation du traité de l’Atantique nord, ndlr] et pourquivre son rapprochement avec l’Union européenne ; et de l’autre, améliorer les relations du pays avec la Russie - … sur les sujets où des concessions sont possibles.

Très certainement Moscou va-t-il accroître sa pression sur Tbilissi pour que celui-ci ne signe pas le Partenariat oriental avec l’Union européenne en août.

JOL Press : La Russie a-t-elle des moyens de pression sur la Géorgie ?
 

Kenneth Yalowitz : De nouvelles sanctions commerciales auraient un effet limité, car le commerce biléral est moins important qu’en 2008.

Le principal levier sur lequel vont jouer les Russes est l’occupation militaire en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Les actions militaires russes en cours en Ukraine sont clairement un message de menace vis-à-vis de la Géorgie, mais aussi des autres Etats post-soviétiques.

JOL Press : La semaine dernière, le Premier ministre géorgien Irakli Garibachvili a rencontré à Washington Barack Obama puis le Chef de la diplomatie américaine John Kerry. De quoi ont-ils parlé ? La Géorgie est-elle un allié de taille dans la région pour les Etats-Unis ?
 

Kenneth Yalowitz : Les Américains ont réaffirmé ne pas reconnaître l’indépendance auto-proclamée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, et ont salué la construction démocratique et les réformes économiques en cours en Géorgie.

Les Etats-Unis ont par ailleurs réitéré leur soutien pour une intégration de Tbilissi à l’Otan et pour son rapprochement avec l’Union européenne au travers la signature d’accords.

La Géorgie n’est pas un allié avec lequel les Etats-Unis sont liés par un traité. Il n’en reste pas moins que la relation bilatérale est très forte. La Géorgie a été un contributeur majeur aux forces alliées aussi bien en Irak qu’en Afghanistan.

JOL Press : Où en est le processus d’intégration de la Géorgie à l’Otan ?
 

Kenneth Yalowitz : Il a été promis en 2008 à la Géorgie une adhésion à l’Otan sans qu’une date butoir ne soit fixée. Tbilissi attend des signaux positifs lors du prochain sommet de l’Otan, soit une prise en compte des élections parlementaires et présidentielles libres et démocratiques qui ont eu lieu dernièrement en Géorgie, de la réforme de ses forces armées, et de sa contribution aux forces militaires mises à la disposition de l’Otan lors de la mission de l’organisation militaire en Afghanistan.

Reste que tous les Etats membres de l’Otan ne sont pas d’avis que la Géorgie devrait adhérer à l’organisation maintenant ; pas tant que le statut de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud n’est pas résolu et provoque la colère des Russes. La Géorgie va donc chercher à obtenir au moins une indication claire sur l’échéance de son adhésion.

 

Propos recueillis par Coralie Muller pour JOL Press

 

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