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DIALOGUE DE SOURDS

Ukraine: le retour du téléphone rouge

Samedi 1er mars, le président américain a lui-même appelé Vladimir Poutine. Au menu de la discussion : le déploiement de soldats russes en Crimée, république autonome d'Ukraine. Les deux hommes se sont parlé longtemps au téléphone, 90 minutes, mais chacun a campé sur ses positions.

Photo: P D V/Flickr

L'appel a duré 1h30. Samedi 1er mars, Barack Obama a décroché son téléphone pour s'entretenir avec Vladimir Poutine de la crise en Ukraine. Estimant que le président russe "a violé la loi internationale", il l'a exhorté à "replier (ses) forces" de Crimée, afin d'éviter "un isolement international". Le Russie se donne le droit de "protéger ses intérêts et les populations russophones" en cas de "violences", lui a rétorqué Poutine.

D'après un haut responsable américain, l'entretien entre les deux dirigeants a été "franc et direct". Un épisode qui n'est pas sans rappeler le fameux "téléphone rouge". Popularisé au cinéma notamment dans le film de Kubrick "span style="line-height: 1.538em;">Docteur Folamour", l'objet n'a pourtant jamais existé. Après la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, paroxysme de la Guerre froide, Moscou et Washington ont décidé d'établir une ligne de communication directe entre les deux pays. 

L'initiative était américaine. Une proposition a d'ailleurs été faite dans ce sens dès avril 1962. C'est finalement la crise cubaine qui a poussé les dirigeants soviétiques à accepter cette offre. L'épisode des missiles a fortement marqué les responsables des deux blocs de l'époque : la crise aurait très bien pu dégénérer en une guerre mondiale, qui aurait été une guerre atomique. Le pire venait donc d'être évité.


Un accord fut signé le 20 juin 1963. La première communication entre John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev eut lieu le 30 août de la même année. Et contrairement à la légende, les deux hommes ne se sont jamais parlé de vive voix dans des combinés rouges. Il s'agissait en fait d'une ligne télégraphique, plus proche du fax que du téléphone. La couleur rouge lui a été donnée car il devait servir aux situations d'urgence.

La liaison se faisait à l'aide d'un câble qui plongeait au fond de l'Atlantique et qui passait par Londres, Copenhague, Stockholm et Helsinki avant d'arriver à Moscou. Les messages n'étaient apportés sur le bureau des dirigeants qu'une fois reçus, décodés et traduits. Le système présentait deux avantages : la vitesse et la clarté.

Techniquement, une ligne téléphonique, plus rapide, aurait pu être mise en place. La solution n'a pas été retenue par peur des quiproquos. Suite à l'installation de satellites, une ligne directe fut mise en place en 1971 et une ligne de fax en 1986. Le téléphone rouge fut notamment utilisé pendant la guerre des Six Jours en 1967, lors du conflit indo-pakistanais de 1971, et au moment de l'invasion soviétique en Afghanistan en 1979.

Mais au fait, que se sont dit Washington et Moscou la première fois en 1963 ? Pour entamer ces toutes nouvelles relations, les Russes ont envoyé aux Américains le message suivant : "The quick brown fox jumped over the lazy dog's back" ("Le rapide renard brun a sauté par-dessus le chien paresseux"). Aucun sens caché à cette phrase : en anglais, elle permet simplement d'utiliser toutes les lettres de l'alphabet. 

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