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Une très forte tension autour de la réforme constitutionnelle en Ukraine

L’examen par le Parlement ukrainien d’un projet de réforme constitutionnelle destiné à apaiser les tensions dans l’est du pays, lundi 31 août, a donné lieu à de violents affrontements entre les ultra-nationalistes et les forces de l'ordre. Le vote, largement soutenu par les alliés occidentaux de l'Ukraine visait à accorder davantage d'autonomie aux régions séparatistes en conflit ouvert avec le pouvoir central. Au moins quatre-vingt-dix policiers ont été blessés par une explosion, et un policier a été abattu d'une balle en plein cœur durant les heurts qui ont secoué la capitale ukrainienne ; deux autres ont succombé à leurs blessures le lendemain.

L'adoption lundi par le Parlement ukrainien d'un projet de loi octroyant une plus grande autonomie et autorisant l’installation d’une police populaire aux régions séparatistes prorusses, en guerre avec Kiev, a tourné à l'affrontement entre policiers et militants d'extrême droite, opposés à cette réforme. Les heurts ont été particulièrement violents à Kiev devant le Parlement ukrainien : une centaine de policiers ont été blessés, recevant des grenades, des projectiles, et même des engins explosifs. Pendant ces violences, un coup de feu aurait été tiré, tuant un policier, qui a reçu la balle en plein coeur. Deux membres des forces de l'ordre sont morts des suites de leurs blessures. 

Sur les vidéos, on voit un individu sortant une grenade de son sac à dos, la jetant vers les policiers, et prenant la fuite tout de suite après. Un suspect a été arrêté, de même qu'une trentaine d'autres protestataires. Le jeune homme à la grenade serait membre du bataillon de volontaires pro-ukrainiens Sitch, mobilisé dans le Donbass (Est) et très critique envers les politiciens de Kiev. Le bataillon Sitch et le parti nationaliste Svoboda se sont immédiatement désolidarisés des fauteurs de troubles et criminels. Le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov a malgré tout accusé les membres du parti d'extrême droite Svoboda d’avoir provoqué la police et d’avoir lancé "plusieurs engins explosifs" sur les forces de l’ordre.

"Près de 90 personnes ont été blessées devant le Parlement, dont plusieurs se trouvent encore dans un état grave", a écrit Arsen Avakov sur sa page Facebook. "C'est le résultat du jet de plusieurs engins explosifs par des personnes portant des t-shirts du parti Svoboda, qui ont provoqué des heurts avec la Garde nationale devant le Parlement. Trente personnes ont été arrêtées, il y aura d'autres arrestations. Le lanceur de grenade a été attrapé" en possession d'autres grenades, a -t-il ajouté . Son identité n'a pas pour autant été révélée.

Connu d'abord pour son antisémitisme, Svoboda s'est ensuite illustré lors des protestations de la place Maïdan, qui ont conduit à la chute du pouvoir pro-russe de Kiev. Puis, beaucoup de ses membres se sont engagés dans les combats contre les séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine. Le parti est le principal représentant de la mouvance nationaliste très active en Ukraine, fortement opposée au projet de décentralisation du président Petro Porochenko, ainsi qu'à la moindre concession qui serait faite aux territoires tenus par les séparatistes. Dans une intervention à la télévision, le premier ministre, Arseni Iatseniouk, a estimé que les agissements de l’extrême droite, "sous couvert de patriotisme", étaient "pires" que ceux des séparatistes.

A l’intérieur du Parlement, la tension était aussi, à son comble. La réforme cristallise les tensions dans ce pays en proie à une guerre depuis près d’un an et demi. Avant le vote à la Rada, des élus du Parti radical, qui fait pourtant partie de la coalition présidentielle, avaient en effet bloqué l’accès à la tribune du Parlement pour empêcher ce vote. Finalement, un total de 265 députés, contre un minimum requis de 226, ont voté en faveur d'une plus grande autonomie pour les territoires de l'Est séparatiste prorusse. Cette réforme était exigée par les alliés occidentaux de l’Ukraine, qui y voient un moyen d’apaiser le conflit armé qui déchire le pays. La question de l’autonomie des "républiques populaires" autoproclamés de Donetsk et de Louhansk est au cœur des accords de paix de Minsk-2, signés en février avec la médiation de la France et de l’Allemagne et qui doivent apaiser le conflit armé ayant fait plus de 6 800 morts. Mais elle est synonyme pour beaucoup de nationalistes d’abandon de ces territoires aux rebelles.

 

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