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CATASTROPHES MIGRATOIRES

Amnesty International: «L’Europe doit sortir de sa forteresse»

Dans un rapport publié mercredi 9 juillet intitulé «Le coût humain de la forteresse européenne», l’ONG Amnesty International dénonce une politique répressive en matière d’immigration qui mettrait en danger les centaines de milliers de migrants venus tenter leur chance en Europe.

Le 3 octobre 2013, une embarcation transportant environ 500 migrants clandestins fait naufrage près de l’île italienne de Lampedusa. La catastrophe emporte 366 migrants et provoque l’indignation de l’opinion internationale. (Photo:Noborder/Flickr).

Un rapport accablant

Dans son rapport, l’ONG relate que plus de 23 000 réfugiés sont morts en tentant de pénétrer dans l’Union européenne ces quinze dernières années. Pour Amnesty international, il est clair que l’Union européenne est responsable. Les pratiques de contrôle aux frontières empêchent des refugiés d’accéder à la procédure d’asile en Europe et forcent les migrants à prendre des risques inconsidérés qui peuvent mener à leur mort.

Le 3 juin dernier, l’ONG avait déjà entrepris une action coup de point en remettant au ministre de l’Intérieur français 3 500 bateaux en origami confectionnés par des citoyens, symbolisant les 3500 morts aux frontières de l’Union européenne depuis trois ans. Depuis, les militants soutiennent que le message "protégez les migrants avant de protéger les frontières" n’a pas été entendu.

L’Europe fermerait les yeux sur des violations de droits de l’Homme

Ce que révèle l’ONG est d’autant plus perturbant que l’Union européenne fermerait également les yeux sur des actes violant les droits de l’Homme. Les garde-côtes et garde-frontières maltraitent les migrants arrivant aux frontières: tirs à balles réelles ou en caoutchouc, coups et blessures et privation de liberté, vols d’affaires personnelles… En Grèce ou en Bulgarie, les autorités procèdent à un renvoi sommaire vers la Turquie, ce qui est interdit.

Dans le rapport Fortress Europe, une jeune fille syrienne témoigne: "Après nous avoir arrêtés, les policiers nous ont ordonné de descendre des camions. Ils nous ont insultés puis poussés. Ils nous ont confiés à des personnes portant des cagoules noires et des uniformes bleus ou noirs. Ces hommes nous ont pris notre monnaie et nos passeports. Puis, en groupe, ils nous ont mis dans de petits bateaux à destination de la Turquie, sans rien d’autre que nos vêtements sur nous".

Un budget européen inadapté

Les réfugiés, qui arrivent de Syrie, d’Afghanistan, du Soudan ou de la Somalie, doivent être accueillis en Europe conformément au droit international en vigueur. Mais ce qui semble aberrant pour l’ONG est surtout la répartition du budget disponible en matière d’immigration. Sur les 4 milliards alloués à cet effet entre 2007 et 2013, l’Union européenne n’aurait consacré que 700 millions à l’amélioration des conditions d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile et des réfugiés.

Repartition du budget européen dédié à l'immigration depuis 2007 (Photo: Rapport:Amnesty International).

La veille, mardi 8 juillet, lors d’une réunion des ministres européens de l’Intérieur, ces derniers ne se sont pas exprimés sur un changement des conditions d'asile.

L’Italie, qui exerce la présidence du Conseil de l’Europe, réclame un investissement plus fort de l’Union européenne. Elle demande également que l’opération "Mare Nostrum", qui a secouru plusieurs milliers de personnes depuis son lancement en octobre, ait une dimension européenne et non plus italienne.

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