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ENTRETIEN AVEC JEAN-LOUIS GAZIGNAIRE

Zlatan Ibrahimovic, un phénomène qui ne sera jamais une légende

Zlatan. « Or », « doré » en slave. Et l'attaquent du Paris Saint-Germain a conscience de la signification de son prénom. Son impulsivité, ses petites déclarations qui font le buzz, mais aussi son physique ont contribué à l'élaboration d'un mythe Ibrahimovic. Jean-Louis Gazignaire, auteur de la dernière biographie sur le joueur suédois - publié aux éditions Jacob-Duvernet -, a accepté d'apporter son éclairage sur les dessous d'un symbole.

Zlatan après avoir marqué un but contre le FC Lorient en août 2012. Photo : capture d'écran YouTube/ligue1fr

JOL Press : Qu’est-ce qui fait la popularité de Zlatan Ibrahimovic ?

Jean-Louis Gazignaire : Il y a deux facteurs : d’abord, le football français était un peu en roue libre, pas très passionnant, et plus vraiment de haut niveau. C’est donc compréhensible que lorsqu’un joueur de classe mondiale arrive, il éveille la curiosité et l’enthousiasme des fans de football. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux en France !

Le second facteur est que la société actuelle est très "peopolisée". Le personnage de Zlatan tranche donc avec les autres personnages de l’Hexagone, d’autant plus que la plupart des stars françaises sont parties jouer ailleurs.

JOL Press : L’histoire d’Ibrahimovic est finalement assez méconnue du grand public : cette part de mystère participe-t-elle du "mythe Zlatan" ?

Jean-Louis Gazignaire : En réalité cette part de mystère intéresse de façon récente, notamment avec la publication de l’autobiographie de Zlatan, et maintenant de ma biographie, qui ont donné une nouvelle dimension au personnage. Mais indépendamment du phénomène, à mon avis, il était déjà une star, ou un mythe, avant.

JOL Press : Zlatan est un personnage sanguin, impulsif : cette spontanéité parfois violente ne risque-t-elle pas de lui jouer des tours, ou contribue-t-elle au mythe ?

Jean-Louis Gazignaire : Je pense que c’est les deux à la fois, et Zlatan s’en trouve bien à chaque "sortie" pour sa popularité, puisque cela ne manque jamais de faire le buzz. Cependant, au départ il s’agissait d’une manière de s’affirmer devant un monde qui le dépassait, comme une sorte d’auto-défense prémonitoire ; il s’agit d’attaquer avant d’être attaqué, ce qui n’a plus grand sens aujourd’hui.

JOL Press : Ibrahimovic prend-il Zlatan au premier degré ? Ne joue-t-il pas un personnage au quotidien ?

Jean-Louis Gazignaire : Comme je disais, cette attitude a été spontanée au début, il s’agissait de s’affirmer dans la banlieue pourrie où il a grandi. Il s’imposait d’abord avec ses gestes sportifs, au football, puis avec son verbe, pour qu’on le respecte.

Aujourd’hui, il s’est aperçu qu’il n’avait plus besoin de s’imposer. Cependant il continue, parce que ça marche, et qu’il aime qu’on parle de lui, c’est un peu une seconde nature. Et puis c’est toujours une protection pour l’avenir : dans deux ou trois ans, il sait qu’il risque de décliner, mais il souhaite avant tout que sa personnalité continue à le porter après la fin de sa carrière sportive.

JOL Press : Qu’est-ce qui pourrait affecter Zlatan Ibrahimovic ?

Jean-Louis Gazignaire : C’est très difficile de le savoir. Zlatan est très secret, et met à l’abri sa vie privée. Une attaque familiale pourrait sans doute l’affecter, mais comme il ne la dévoile pas…

Les sportifs de haut niveau, et particulièrement les footballeurs, sont coupés de l’existence. Sa femme est arrivée pour lui rappeler la "vraie vie". Elle est très réservée, mais c’est elle la gardienne du temple, à la fois mère et amante. Zlatan a bien scindé les deux personnages, les deux vies, et on ne touche pas à sa vie privée.

JOL Press : Zlatan Ibrahimovic est-il en train de devenir le prochain Maradona ou le prochain Zidane ?

Jean-Louis Gazignaire : Je dirais plutôt que c’est un phénomène passager, même si c’est un long passage. Des joueurs comme Maradona ou Zidane ont conquis des titres mondiaux avec des équipes nationales, ce que ne pourra certainement jamais faire Zlatan. Il joue avec la Suède [qui est 25e au classement mondial FIFA, ndlr] et ne remportera certainement jamais de Ballon d’or.

Je pense qu’il restera comme un phénomène absolu, mais pas une légende. C’est un grand météore, et même le public qui ne s’intéresse pas au football se souviendra de lui et de ses buts époustouflants. Mais on ne pourra pas le montrer en exemple, il est trop atypique.

JOL Press : Les Français l’aimeront-ils autant lorsqu’il ne jouera plus au Paris Saint-Germain ?

Jean-Louis Gazignaire : Je n’en ai pas l’impression. Zlatan était un cadeau fait au public français. Celui-ci va en profiter à fond, mais reste très chauvin. On préfèrerait que ce soit un Français, évidemment.

JOL Press : Qu’est-ce qui pourrait faire tomber Zlatan de son piédestal ?

Jean-Louis Gazignaire : Il y a la question physique. Le football de haut niveau demande une telle exigence qu’au bout d’un certain temps, le corps ne pleut plus suivre. Personnellement, je pense que cela ne posera pas trop de problème à Zlatan, il ne s’épuise pas trop sur le terrain, c’est davantage l’homme des coups de génie, et il tiendra longtemps.

Ceci dit, connaissant le personnage, son enfance, son histoire, il va certainement vouloir continuer jusqu’à décrocher la Ligue des champions. Cela est à mettre en rapprochement avec les rumeurs de départ pour la Juventus.

Zlatan est convaincu qu’il est le meilleur joueur du monde mais c’est un garçon malade de ne pas être reconnu comme tel, donc peut-être qu’on le verra plus longtemps qu’on ne le croit…

Propos recueillis par Antonin Marot pour JOL Press

Informations pratiques

>> Jean-Louis Gazignaire est spécialiste du sport, ancien reporter au Figaro et ancien rédacteur en chef de l’agence Sygma. Il publie Zlatan, le phénomène Ibrahimovic  aux éditions Jacob-Duvernet.

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